Suite à la Conférence de C.B. Amphoux à la Garenne

télécharger l’article paru dans Foi et Vie. Revue de Culture protestante, 2006/2 Trois questions sur la vie de Jésus
Par Christian-Bernard Amphoux, CNRS, Aix-Marseille: trois-questions-sur-la-vie-de-jesus-web.doc
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D’autre part, Monsieur Marcel Bourrat a pris des notes au moments de la conférence. Aprés relecture par le conférencier nous vous proposons ces notes, en les remerciant tout les deux, pour ce travail de communication:
« Ecrire la vie de Jésus est devenu une gageure. Pendant des siècles on s’est contenté de la confusion entre histoire et histoire sainte ….» Telle est


l’introduction de l’article de C.B. Amphoux dans la revue « Foi et vie » de printemps 2006 (voir ci dessus pour télécharger) , dont le contenu m’a permis de restituer, sous forme de relevé de notes et d’une façon à peu près fidèle, l’intervention du conférencier.

La première intervention, du 24 novembre, a été consacrée à la naissance de Jésus.

Mathieu et Luc sont les seuls à parler de la naissance de Jésus. Les récits sont différents, mais le point commun est que Joseph n’est pour rien dans cette naissance, Dieu en étant le père.

La date : La détermination du début de l’ère chrétienne repose sur le travail, vers l’an 540, d’un moine, Denys le Petit, en partant de la date de la fondation de Rome. En fait Jésus doit être né avant la mort d’Hérode (en l’an – 4). Autre donnée historique, il serait né la 42° année de la nomination d’Auguste au poste de Consul, datée de moins 44, ce qui ferait naître Jésus en - 2 ou - 3. En fait, le calcul semble erroné, et la date la plus plausible est celle de l’an - 5 ou - 6. D’ailleurs, sur ce point, il y a consensus des chercheurs. C’est plus probablement en l’an - 6, car le Siméon, qualifié de Juste et de pieux par Luc, qui assiste à la présentation de Jésus au temple, correspond sans doute au grand-prêtre Siméon, fils de Boêthos, en fonction de – 22 jusqu’à sa mort, en – 5.

Il faut par ailleurs rappeler que Joseph a fui en Egypte (Mathieu) pour échapper à la vindicte d’Hérode, jusqu’à la mort de ce dernier, en – 4, et son remplacement en Judée par son fils Archélaos. Quand Jésus a douze ans et s’entretient au temple avec les maîtres (scribes), on est donc vers l’an + 6, année de la déposition d’Archélaos et du recensement de Quirinius.

Josèphe date ce recensement de l’an + 6, où Archelaos était soupçonné par les Romains de
Détourner à son profit l’impôt foncier dû à Rome, qu’il prélevait sur les propriétaires. Le recensement était donc une opération financière consistant à décrire, par le menu, les terres concernées, l’identité du propriétaire et la composition de sa famille. Ce recensement est attesté en l’an 6.
En fait Denys le Petit aurait, en téléscopant les deux évènements, fait une moyenne pour fixer le début de l’ère chrétienne entre ces deux dates (épisode de la fin de la vie d’Hérode et la date du recensement).

Pour ce qui concerne la saison de sa naissance, rien ne permet d’indiquer si c’était en hiver ou en été. La date du 25 décembre été choisie plus tard ; on a des traces de la célébration de Noël au II° siècle, sans doute alors dans la continuité de la fête juive de Hanouka commémorant la purification du Temple par Judas Maccabée, le 15 décembre – 164 ; mais à partir du 4e siècle, Noël s’identifie aux Saturnales, fête romaine du solstice d’hiver. Ce n’est qu’au V° siècle que la date du 25 décembre est fixée pour la célébration de la fête de Noël.

Le lieu de la naissance de Jésus : Cette question est liée à l’origine sociale de Jésus. Elle a longtemps divisé. Catholiques et Protestants s’accordent maintenant à dire que Jésus n’est pas né à Bethléem. En effet comment imaginer qu’une femme enceinte de huit mois et demi s’engage dans un voyage entre Nazareth (en Galilée) et Bethléem (en Judée), pour un recensement ! Encore moins vraisemblables l’origine géographique et la condition sociale de la famille de Jésus. Nazareth, d’après les recherches archéologiques, ne présente pas de trace d’occupation humaine à cette époque .

Par ailleurs, la famille se serait installée en Galilée à Nazareth, après le retour d’Egypte . En réalité, Nazareth est formé des consonnes « n z r » de la racine exprimant l’idée de « consécration » en hébreu. Ainsi, il est vraisemblable que la famille de Jésus était très proche du Temple de Jérusalem ; peut-être faisait-elle partie des grandes familles habilitées à fournir le bois pour l’autel, lors des cérémonies religieuses. Elle n’était pas pauvre mais pieuse. Comment expliquer, sinon, que Jésus ait été présenté au Temple en présence de Siméon , personnage particulièrement vénéré ? Comment expliquer qu’à 12 ans il soutienne de longues conversations avec les docteurs, s’il ne s’agit de ses maîtres ? Le métier, prêté à Joseph de charpentier, n’est pas incompatible avec le privilège qui est accordé à ce descendant de la famille de David (tribu de Juda) de fournir le bois au temple .

D’après la tradition apocryphe, Marie, fille de Joachim et d’Anne, étaient des bourgeois de Jérusalem, de la même tribu que Joseph. Il est plus vraisemblable que, comme sa cousine Elizabeth, la mère de Jean et l’épouse du prêtre Zacharie, Marie soit issue de la tribu de Lévi. En effet c’est dans cette lignée que naissaient les prêtres.

Jésus, issu par adoption de la tribu de Juda, se trouverait à la croisée de deux lignées, une lignée royale, celle de David (au sein de la tribu de Juda), et une lignée sacerdotale, au sein de la tribu de Lévi.

Le conférencier est donc sur ce point en divergence avec Meier, qui attribue à Jésus une origine rurale. Comment expliquer en effet la très grande culture juive de Jésus ?
Il y a accord sur la date de sa naissance. Pour le lieu, en revanche, Nazareth, admis par Meier, est récusé, car les textes doivent être lus au second sens , si l’on veut atteindre la réalité historique ; autrement, on en reste à l’histoire sainte. Il faut procéder de même pour interpréter le déplacement de Jésus de « Nazareth » à « Carpharnaüm » après l’arrestation de Jean (Mathieu) ; mais le conférencier ne s’étend pas, ce sera l’objet de la prochaine conférence.

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1 L’histoire est destinée à instruire; l’histoire sainte à édifier.
2 Un autre impôt, per capita (la capitation), était prélevé par le Temple. C’était le plus important.
3 John P. Meier, auteur de l’ouvrage Un certain Juif, Jésus (2005) reprend la thèse de la Vie de Jésus de Renan (1863, 13e éd., 1867), alors en rupture avec l’Eglise (après des études religieuses approfondies), sur ce point.
4 IL y en a eu quelques siècles avant et après. Sans doute a-t-on voulu, en accréditant cette origine géographique (Bethléem en Judée) bien voulu marquer l’origine royale de Joseph
5 Ainsi s’accomplira l’oracle des prophètes : « On l’appellera Nazaréen ».
6 Il « le reçut dans ses bras » (Luc)
7 Les piliers du temple étaient faits avec des troncs de cèdre du Liban, qu’il fallait faire venir à grand frais. On estime à un an la durée du déplacement. On peut imaginer que les résidus de l’abattage étaient utilisés pour le bois des sacrifices au temple.
8 Le fait qu’il ait été adopté par une famille Saducéenne – parti politique hostile à la présence romaine et rival des Pharisiens – pourrait expliquer que Jésus ait subi le supplice de la croix..
9 Ainsi que l’ont fait les Juifs depuis très longtemps avec le Talmud
10 A plusieurs questions quelques compléments ont été apportés, notamment sur le fait que Jésus était l’aîné de trois frères et sans doute qu’il avait des soeurs et qu’il est probable, voire certain, qu’il a écrit. Pour cela on cite la lettre du Roi d’Edes qui est une réponse à une lettre de Jésus.

LA GARENNE LE 24 NOVEMBRE 2006


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