Conférence Katharina Schächl

Relevé de notes prises au cours de la conférence de Katharina SCLACHL sur Marie (de Nazareth) le samedi 2 décembre au centre de la Garenne de Beauvoisin, par Jeanine Bourrat de Beauvoisin.
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A noter que jamais au cours de son intervention la Théologienne n’a associé le nom de Marie à Nazareth. Pour les personnes qui ont eu la possibilité d’entendre Christian Bernard Amphoux cela n’apparaîtra pas surprenant car la localisation de Nazareth comme théâtre de la vie de Jésus n’est pas démontrée (en tout cas sur le plan archéologique dans l’état actuel des recherches.)

Marie nous sera donc présentée à travers des témoignages bibliques qui, nous précise-t-on, ne sont pas un savoir. Katharina ajoute que les témoignages sont l’expression d’une théologie.

Le premier à faire référence à Marie est St Paul dans sa lettre aux Galates [II,4,4] et encore se contente-t-il de ne parler que d’une femme, sans en mentionner le nom comme si cela n’avait guère d’importance.

Pour Paul l’essentiel se concentre autour de Pâques et, à l’origine, Jésus est pleinement humain donc aucune mention de conception virginale. On aurait tendance à dire tout le contraire.

Marc :
Dans Marc pas de récit de l’enfance. L’essentiel de son message se situe ailleurs.
Au chapitre 3 Jésus est déjà un adulte lorsqu’il affirme que sa mère et ses frères sont ceux qui l’entourent et font la volonté de Dieu. Plus loin on trouve : « Celui ci n’est il pas le fils de Marie et le frère de Jacques et de Jude, Simon et Joset et ses sœurs ne sont elles pas ici chez nous ? »

Toujours au chapitre 3 [20-21] « Et les siens, l’ayant appris, partirent pour se saisir de lui car ils disaient : « il a perdu les sens ».Ici Marc nous présente sa parenté sous la forme d’un conflit familial ; on notera que seul Marc fait état de cet épisode déroutant.
Il en ressort qu’à partir de là s’établit une nouvelle parenté non pas fondée sur les liens du sang mais sur la parole de Dieu.
Comment s’expliquer la dureté de Marc ? Il convient de se poser la question de qui sera le chef de ces nouvelles églises ? Tout naturellement on aurait pu penser à Jacques le frère de
Jésus mais les héritiers de Jésus sont ils des liens spirituels ou des liens de sang ?
Enfin en Marc 15 [40-41] Marie apparaît une nouvelle fois de manière étrange : il y a des femmes au pied de la croix : Marie de Magdala citée la première, Marie, mère de Jacques le petit et de Joset et Salomé et, est il précisé : « qui le servaient et le suivaient lorsqu’il était en Galilée ». Marie a donc sa place au pied de la croix, non pas en tant que mère mais parce qu’elle est devenue disciple de Jésus.
Taire la maternité selon le sang revient à mettre l’accent sur l’importance de devenir disciple.

Matthieu :
Selon le projet de l’Evangéliste Marie apparaît différemment. Cet évangile débute par la généalogie où quatre femmes sont d’abord nommées avant celui de Marie. Ce qui peut paraître étrange est que ces quatre femmes ne se distinguent pas par une conduite des plus édifiantes. Quel est donc le projet théologique de l’évangéliste ?
Pour la théologienne, Marie sert un double projet : dire l’incarnation et annoncer le projet de Dieu qui, rajoute la théologienne, écrit avec des lignes courbes.
On en déduit que pour Matthieu la conception virginale n’est pas au centre de ses préoccupations et que l’essentiel est l’incarnation.
L’histoire de la famille qui attend dehors ne revêt pas le caractère polémique mentionné plus haut chez Marc ; ici sa famille charnelle n’est pas exclue des disciples ; elle peut devenir disciple.

Luc :
Avec Luc nous avons le témoignage le plus détaillé. Luc s’intéresse aux plus petits mis sur le devant de la scène.
Au chapitre 1 verset 26, Luc mentionne une jeune fille d’un coin obscur de Galilée, promise en mariage, en un mot : pas de liberté dans ce destin. Toutefois irruption dans ce destin de la parole de l’ange, intervention de Dieu dans la vie de quelqu’un. Marie est bousculée mais elle essaie de comprendre. La foi et la confiance relatées par Luc ne semblent pas aller de soi Marie réfléchit : « Comment cela se fera–t-il puisque je suis vierge ? ».
On peut dire que s’opère chez Marie une révolution tranquille. A noter aussi que chez Luc n’apparaissent plus de polémiques entre Jésus, ses frères et sa mère.
Au chapitre 2 versets 27 à 28 Aux paroles de la femme qui dans la foule s’écrie : «heureuse celle qui t’a porté et allaité » Jésus répond : « heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent ».

Jean :
L’évangile de Jean est celui qui s’écarte le plus de l’événement historique et qui recourt le plus au langage symbolique : il convient donc d’avoir des clefs de lecture.
Marie apparaît à deux reprises. Ici nous n’avons pas de récit de l’enfance. Il y a un prologue sur la parole- le verbe- fait chair, qui remplace le récit des événements de la naissance de Jésus. Marie apparaît aux noces de Cana.
Cet évangile est une construction théologique : l’épouse n’est pas mentionnée et l’époux ne joue qu’un rôle secondaire on lui reproche sa démarche dans l’ordre de la distribution du vin. Le rôle central ici est tenu par Marie et beaucoup de détails pointent vers une compréhension théologique :
Les noces, le vin, l’heure, l’eau de la purification transformée en vin ont une portée symbolique. Marie avec une autorité singulière impose ce signe à Jésus.
Lorsque Jésus interpelle sa mère : « femme qu’il y a t il entre toi et moi ? » Marie symbolise un reste divin à la foi juive. Elle a reconnu le Messie en son fils et elle atteste qu’un reste fidèle d’Israël a également crû jusqu’au bout.

Cet épisode symbolique s’apparente à celui de la croix ; Le disciple bien aimé qui représente la communauté johanique est confié à Marie et vice versa. Jésus instaure une nouvelle filiation entre Marie qui représente Israël et Jean qui incarne la communauté nouvelle.
Ce que l’on peut retenir est que Jean ignore la conception virginale seul le Verbe du prologue s’est fait chair et dans l’épisode des noces de Cana, l’eau des ablutions des juifs c’est à dire l’eau de la Loi est devenue le vin de la grâce.

Merci à Jeanine Bourrat de Beauvoisin, le 4 décembre 2006


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