« Rencontre et Partage »à Générac avec Christiane Poher

L’INQUISITION

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Il n’y a pas d’exemple que dans les premiers siècles de l’Eglise, des chrétiens aient été mis à mort juridiquement pour des divergences d’opinions religieuses entre eux et pourtant ces premiers siècles foisonnaient de doctrines diverses en ce qui concernait les mystères divins, que ce soit Dieu

« le Père », Jésus « son Fils », le Saint-Esprit, la Trinité, la résurrection de la chair etc… ; chacun essayait de comprendre l’incompréhensible à la lueur de tel ou tel courant de pensée, de spiritualité ou de philosophie existant ici ou là : Jerusalem, Alexandrie, Antioche, Athènes …
Lorsque les « choses » furent fixées par les grands Conciles œcuméniques des 4è / 5è s. et par les Codes de Théodose au 5è s. et de Justinien au 6ème s. sur le plan des dogmes, les croyances – sans parler d’unification totale – s’accordèrent sur le principal et le christianisme devint une force politique de l’empire byzantin, qui – en occident - s’est accentuée sous Charlemagne. C’est alors que déjà, l’Eglise – sentant son autorité
« incontestable » menacée par un empire puisant - se crut habilitée à persuader par la force et les menaces. Le moyen âge s’appuya sur le droit romain qui reprit de la vigueur.
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Au cours du 12 è s., Eglise et Etat s’unissent autant que possible en France, en Allemagne et en Espagne pour agir en commun face au danger des hérésies (il y avait eu l’arianisme avec les Wisigoths et d’autres déviations), car en ce 12è s. un rare courant spirituel de retour à la pauvreté évangélique saisissait des hommes et des femmes exceptionnels dont la foi a entraîné bon nombre d’adeptes : Pierre Valdo, François d’Assise et Claire, tous jeunes nobles et riches lassés de leur vie de luxe.

Les VAUDOIS

Le premier en date, Pierre VALDO ou VALDES, riche marchand lyonnais, touché au plus profond de lui-même par la lecture des Ecritures, abandonne tout après avoir donné ses propriétés foncières à sa famille et le reste de sa fortune aux pauvres lors de la famine de 1176. Suivi par quelques adeptes « les pauvres de Lyon »qui comme lui ont tout abandonné, il se fait prédicateur itinérant et annonce la pénitence et la pauvreté apostoliques, mais toute prédication était interdite sans autorisation ecclésiale : en 1178 l’archévêque de Lyon les expulse et interdit leur prédication : invoquant Actes 5,29 : « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » P.Valdo fait appel au pape Alexandre III de cette décision, sans succès. En1184 le Concile de Vérone met les Vaudois au ban de la société et les excommunie ; ils vivent une vie cachée, secrète, grâce à une hospitalité clandestine, continuent à annoncer l’Evangile dans la région lyonnaise, en Dauphiné, en Provence et en Languedoc, et au-delà des Alpes, en Piémont et Lombardie ; pour leurs adeptes ils traduisent l’Evangile en langue vulgaire et P.Valdo est appelé « praepositus et pontifex omnium » établi par Dieu. Ils ne pratiquent que le baptême et la Cène, refusant tous les autres sacrements catholiques.
Aux Colloques de 1190 et 1207 à Narbonne et Béziers, ils affirment qu’ils ne recherchent que le retour à la vie évangélique, mais ils sont – dans le midi de la France – entraînés dans la répression contre les Cathares et à la suite du sac de Béziers le mouvement va se scinder en deux en 1210 : certains vont chercher refuge dans les vallées du Piémont en Italie et voudront conserver le droit d’exercer un métier ; leur action spirituelle prendra une ampleur considérable, s’étendant au sud-est de l’Allemagne, en Bohème, en Pologne, en Hongrie et en Moravie où, au 15è s. ils s’uniront aux Hussites et aux Frères de Bohème. Dans ces vallées du Piémont existe toujours une importante communauté vaudoise d’environ 20 à 30 000 membres, ( à Rome l’Institut Vaudois de Théologie (en face du Vatican !) assure une formation théologique de très haut niveau).
Entre 1470 et 1510 près de 1400 familles vaudoises du Piémont viendront s’installer en Luberon où les terres manquent cruellement de maind’œuvre à cause des guerres, de la peste et des pillages des « grandes compagnies », alors qu’en Piémont l’activité agricole s’efface devant l’activité d’élevage qui nécessite moins de mains. D’autres iront vers la Calabre qui connaître aussi en 1562, le massacre de 1400 Vaudois.
En 1532, l’Assemblée générale des Vaudois du Piémont, réunis à Chanforan reconnaît les principes de la Réforme et décident de les adopter ; les années de 1535 à 1555 sont assez calmes dans cette région. Ils commencent alors à se constituer en « églises » (et non plus seulement un « mouvement ») sur le modèle des communautés réformées suisses.
En France par contre, François Ier avait dès 1531 lancé la poursuite contre els hérétiques.
En Provence les persécutions ordonnées par les évêques de Cavaillon, Apt et Sisteron commencent en 1533 : arrestations et persécutions de la deuxième génération des Vaudois du Luberon. Ceci ne les empêche pas de participer financièrement à la première impression en français de la Bible traduite par Olivetan (neveu de Calvin).
Est-il besoin de rappeler le massacre de 1545 par Jean Meynier, baron d’Oppède, premier Président du Parlement d’Aix en Provence et Gouverneur de Provence ? par lettres patentes du 31 janvier 1545 le roi François Ier, (deux ans avant sa mort) ordonne l’exécution de l’arrêt de Mérindol du 18 novembre 1540 : une vingtaine de villages détruits, 2700 morts, 6àà hommes aux galères, veuves, orphelins, exilés ….cinq ans de réflexion de ce roi qui avait failli pencher – grâce à sa sœur – vers les idées de la Réforme , pour en arriver là !

L’Inquisition aura fort à faire avec ces puissantes communautés ; de nombreux Vaudois furent brûlés, d’autres acceptèrent la conversion. En Savoie le Prince Victor Amédée II, au 17è s. les persécutera tant que 2 500 Vaudois émigreront en Wurtemberg où ils formeront 9 « colonies » ; au 19è s. ils s’uniront aux Luthériens.

FRANCISCAINS et CLARISSES

François, fils du riche marchand Pierre Bernardone et Claire de famille noble, tous deux d’Assise sont à l’origine de deux ordres monastiques : les Frères mineurs ou Franciscains – qui est le plus ancien de tous les ordres - et les Clarisses. François est né vers 1181, sa conversion se fait en deux étapes : en1206/07 il est atteint de maladie et d’épreuves, mène une vie de pénitent et de prière, servant les pauvres et soignant les lépreux, tant et si bien que son père le chasse et le déshérite ; puis en 1209 en ayant entendu lire l’évangile de la mission des apôtres (Mt. 9), il a la certitude de sa vocation ce qui le conduit à la prédication itinérante dans laquelle il entraîne des compagnons de toutes classes sociales qui portent tous le vêtement du pauvre : une tunique avec un capuchon et une corde pour ceinture. Le pape Innocent III lui donne l’autorisation de prêcher et les Franciscains vont , deux par deux, parcourir l’Italie et d’autres pays. A sa mort, son successeur le Frère Elie (de Cortone) fait construire la célèbre basilique que Giotto décorera. De nombreux laïcs, mariés ou non, pratiquèrent chez eux la pénitence entraînés par François, et cet ordre mineur « de la Pénitence » fut approuvé par le pape en 1223. François eut pour conseiller et protecteur le futur pape Grégoire IX (qui, on le verra « institue » l’Inquisition). En 1224 il reçoit les stigmates lors d’une vision en Toscane et meurt en 1226. En 1282 on comptait déjà 1 583 « maisons » en Europe.
L’Ordre des Clarisses fut fondé en 1212 par une jeune noble d’Assise, Claire, et se répandit rapidement en Italie et surtout en Espagne dès 1220 ; François donna à l’Ordre des Clarisses la règle franciscaine en 1224. Les deux Ordres ont toujours eté très proches.

Il faut savoir que jusqu’au 16è s. on n’avait pas le droit de penser religieusement autrement que par l’autorité romaine ; au début, les « déviants de la foi » étaient l’objet d’une « enquête » destinée à leur éviter d’être lynchés par la population locale (comme l’apôtre Paul en avait fait l’expérience) ; cela évolua vers l’établissement d’un organisme « pour la défense de la foi ». Par exemple, un procès de canonisation commençait par « l’enquête » suivant deux procédures : l’ordinaire et l’extraordinaire, suivant le modèle de la Rome antique : l’évêque (comme le sénateur) était législateur, exécuteur et juge et le procès portait sur la définition du litige, la reconnaissance des grâces spéciales et des miracles opérés par l’impétrant… une « disputation » pouvait s’ouvrir sur ce point…
(Cette procédure millénaire lourde et compliquée est appelée – aujourd’hui – à être modifiée obligatoirement en raison du manque de prêtres car il en faut plusieurs réunis pour présider un « tribunal ecclésiastique » et en raison aussi du rôle croissant que jouent dans l’Eglise les laïcs qui sont – de plus en plus – formés en théologie et même en droit canonique ; il était important de prendre conscience de ce problème actuel. Les nombreuses canonisations opérées par Jean-Paul II sont passées par les « fourches caudines » de ce tribunal, parallèlement à celles de la « Congrégation romaine pour la doctrine de la foi »).

Dès avant l’Inquisition, à partir des 11è 12ème s. des papes envoyèrent en Allemagne et en France « en mission » des agents chargés de poursuivre les opinions hostiles au Saint Siège, en particulier en Languedoc où circulaient des courants de pensée anticonformistes; la première mission, dirigée par le cardinal de Saint Chrysogone, est envoyée à Toulouse en 1178 contre l’hérésie qui se développait en Languedoc surtout à Albi et Toulouse : doctrine qui, tout en revenant à la vie évangélique, admettait le dualisme d’une Force du Bien et d’une Force du Mal ; les adeptes se nommaient eux-mêmes les cathares du grec kataroï = purs = séparés (de l’impur) d’où la notion de « secte » c.a.d. ceux qui se coupent des autres.

Quelle est l’origine des Cathares ?
C’est une doctrine, une pensée religieuse, pratiquée par les Bogomiles, qui vivaient dans les Balkans, peut-être suite à une doctrine plus ancienne : le Mazdéisme, en usage en Perse, dualiste aussi – réformée par Zoroastre au 6è s. av. J.C. ? qui avaient pour Livre les « Avesta ».
Ces courants de pensée avaient la vie longue et dure et se propageaient au moyen des migrations de populations qui couvrirent tout le tour de la Méditerranée pendant des millénaires et plus près de nous, au cours les premiers siècles du christianisme ; par elles, les usages de l’orient s’introduirent en occident où cette pensée dualiste va se manifester dès le 11é et plus encore au 12 è s. d’autant plus avec les Croisades qui provoquent des rencontres avec des formes de pensée religieuse différentes.

Comme les études historiques font maintenant de « l’histoire comparée », il faut s’intéresser au contexte politico-religieux du temps et aux luttes séculaires du « sacerdoce et de l’empire » (la querelle des Investitures) ; la grande question est : « à qui revient le droit suprême, à Rome ou à l’Empereur ? à la papauté ou au pouvoir politique ?» question posée déjà au temps de Charlemagne à la personnalité assez intransigeante (en conflit avec les papes Adrien Ier et Léon III) ; puis au 12è s. avec Frédéric Barberousse, tout aussi intransigeant, en conflit avec les papes Adrien IV et Alexandre III (époque des « antipapes »).

Les CATHARES en LANGUEDOC

Cette compétition de pouvoir a semé ses germes ici et là et l’endroit qui nous intéresse se trouve entre l’Aragon et le Comté de Toulouse.
Dès 1167, dans le sud ouest, entre Toulouse et Albi, se développe ce courant de pensée dualiste ; les Cathares français forment une église bien organisée, axée sur ces deux principes éternels du bien et du mauvais (cf. Deut. 30, 15 & 19/20 ?). Leurs règles strictes : hostilité à l’Eglise catholique, à sa hiérarchie, ses autels, ses croix, ses sacrements, au culte des reliques, des saints et des images, aux prières pour les morts, à la peine de mort, à la souveraineté temporelle ; négation de la résurrection de la chair et une christologie docète.
Vivre une vie évangélique dans la pauvreté et sans taches assure le salut éternel, sinon on risque après la mort, la réincarnation dans un corps animal ( réincarnation, toujours présente dans les religions de l’Inde, faut-il voir un lien ?); interdiction de tout rapport sexuel, régime végétarien obligatoire (poisson admis). On devient « Parfait » par le seul sacrement admis par la secte après une longue progression dans la foi (catéchisme) : le consolamentum – baptême spirituel - reçu sur le lit de mort par imposition des mains ; la foi sauve sans les œuvres et le culte, très simple, se résume à l’adoration des « Parfaits » et à la bénédiction. Une seule prière mais continuelle : Notre Père. La masse des fidèles n’entrait pas dans toutes ces règles des « Parfaits » et restaient – en apparence – unie à l’Eglise catholique.
Au 12 è s. les peines connues sont l’excommunication, la flagellation, la réclusion dans un couvent, la confiscation des biens, l’incarcération, la marque au fer rouge, l’exil, le port de deux croix jaunes cousues devant et au dos des vêtements. Avant même que le pape prêche la Croisade contre les Albigeois, le roi d’Aragon Pierre II, en 1197, avait institué contre les hérétiques des édits qui allaient jusqu’à la menace du bûcher.

Le Concile de Vérone réuni en 1184 (le pape est Lucius III et le roi de France Philippe Auguste) pour régler ces problèmes, établit l’excommunication des hérétiques mais il ne mit pas en place la structure juridictionnelle nécessaire et ses décisions n’eurent guère d’effets mais il contient en germe l’Inquisition.
L’épiscopat français est déjà au 12ème s. assez gallican et les évêques ne voient pas d’un bon œil les interventions papales dans les affaires locales (de même que le roi, on le verra). Comme les doctrines hétérodoxes prennent de plus en plus d’importance dans le midi, le pape Innocent III conscient de la menace qui pèse sur l’unité chrétienne, confie à deux moines de Citeaux (ordre bénédictin « révisé » par St Bernard) Pierre de Castelnau et Arnaud Amalric, l’ordre de « faire le ménage dans le midi de la France » en leur donnant droit de disposer de tous les moyens - même la torture (alors qu’elle avait été condamnée par Nicolas Ier), la dénonciation, la mise au secret, l’anonymat des témoins à charge. Ce fut un échec car les autorités locales s’y sont opposées. En 1204 le pape nomme Pierre de Castelnau son légat, et « grand inquisiteur » pour le midi ; on sait que cela se termine par son assassinat en 1208, ce qui va déclencher la Croisade contre les Albigeois (ou les Cathares) sur ordre du pape ; Innocent III puis Honorius III alertent alors Philippe Auguste qui préfère rester à l’écart, n’adhérant que mollement à « l’union de l’autel et du trône » évoquée plus haut.
Dans cette « guerre », deux partis s’affrontent :
1/ du côté des Albigeois, les « hérétiques » et le Comte de Toulouse Raymond VI, plus quelques seigneurs locaux ;
2/ du côté du pape, son légat, P. de Castelnau puis Arnaud Amalric et les « barons du Nord » dont Simon de Montfort.

Les DOMINICAINS

C’est alors qu’apparaît sur la scène un chanoine castillan, Dominique Guzman qui, ayant une solide formation théologique, prêchait à la cathédrale d’Osma. Avec son évêque Diègue ils entreprennent une mission d’évangélisation dans le Languedoc du sud..
Dominique obtient d’Innocent III les hautes fonctions de feu P. de Castelnau. Le voici donc « Grand Inquisiteur » en Languedoc.
Tout le midi de la France est dévasté. Raymond VI accusé d’avoir participé à l’assassinat de P. de Castelnau est excommunié. Détournant l’idée de croisade de son sens, le pape fait prêcher la guerre sainte contre les Albigeois ; Simon, petit seigneur de l’Ile de France, comte de Montfort-Lamaury, mène l’expédition avec la collaboration de l’abbé de Citeaux Arnaud Amalric, légat du pape et « âme de la Croisade », qui avait été abbé de Poblet en Catalogne ; en 1204, le pape lui confie la mission « d’extirper l’hérésie » ce qu’il réussit assez bien par la fougue de sa prédication ; ainsi plusieurs seigneurs du midi abandonnent le parti des Albigeois et de Raymond de Toulouse dont les états sont frappés « d’interdit » (interdiction de culte et de certains biens spirituels) ; alors commencent les exterminations et les bûchers ; l’humiliation de Raymond devant le tribunal de l’Inquisition ne réussit pas à calmer les atrocités et Arnaud Amalric assiste au sac de Béziers en 1209 qui fait 20 000 victimes dont 7 000 réfugiés dans une église. Le mot prêté au légat « tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » est apocryphe. Narbonne et Carcassonne capitulent.
Dominique, animé par son grand zèle, fonde en 1216 l’Ordre des Dominicains dont la mission sera de fournir des magistrats habilités à exécuter les ordres de l’Inquisition.
Thomas d’Aquin, dominicain, né en Italie mais enseignant à Paris au cours du 13 è s., approuve l’institution de l’Inquisition, condamne la violence contre les Juifs et les païens mais maintient la peine de mort en cas d’apostasie.

Conciles et synodes vont se succéder pour tenter de régler ce grave problème des hérésies tenaces :
synode d’Avignon en 1209, de Montpellier en 1215 : à l’image du concile de Vérone de 1184 ils invitent à la délation par les prêtres et les laïcs « de confiance ». 1215 le XIIème concile du Latran confirme ces dispositions et ajoute l’excommunication et la perte des domaines. Le Concile de Toulouse en 1229 met fin à la « guerre des Albigeois » ; les trois archevêques de Narbonne, Bordeaux et Auch réunis avec de nombreux autres prélats veulent faire la paix avec le comté de Toulouse : les 45 canons de ce concile, sous prétexte d’autoriser la recherche des hérétiques, installèrent vraiment l’Inquisition dans les termes suivants : « les hérétiques et leurs protecteurs sont passibles du supplice du feu…Celui qui leur donne asile perd ses biens et subit une peine corporelle dont la sentence est réservée à l ‘évêque ou à son délégué. Les « repentants sincères » auront la vie sauve mais de graves pénitences ; les repentants par peur de la mort seront condamnés à la prison à perpétuité ; les hérétiques relaps seront brûlés ; se confesser trois fois par an, à moins d’être suspect d’hérésies ; interdiction de posséder les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, sauf le psautier et le bréviaire pour les offices». (plus le port de la croix jaune).

Les deux Conciles du Latran et de Toulouse font de l’Inquisition un tribunal permanent ; en 1233 le pape Grégoire IX confiera aux seuls Dominicains la direction de l’institution avec une autorité sans limite. L’organisation systématique qu’il met en place en 1231 servira de modèle à l’institution du Droit pénal de la Sicile et de l’Italie du nord. En 1252, Innocent IV instaure la torture (ancien droit romain) comme moyen de preuve, alors qu’elle avait été condamnée par Nicolas Ier pape au 9è s. comme « violation de la loi humaine et de la loi divine ». Le roi de France Louis IX approuvera l’Inquisition et les évêques seront obligés de s’y soumettre ; elle sera légalement officialisée en France en 1478.
L’Inquisition – qui est réellement née en France à cause des Albigeois - s’étendra progressivement de 1224 à 1258 en Languedoc, Provence, Lombardie, Catalogne, Aragon, Romagne, Toscane, dans les pays latins où, en plus de l’hérésie, elle poursuivit le sacrilège, le blasphème, la magie et la sorcellerie, la sodomie ; Venise lui fermera la porte. Echappèrent à ses sévices l’Angleterre et l’Allemagne où fut mis à mort l’inquisiteur fanatique Conrad de Marburg en 1233. A partir de 1254 elle est une « institution pontificale » qui ouvre à tous les abus.

L’Inquisition en ESPAGNE

Le régime est un peu différent, mais c’est là qu’elle fut le plus terrible; Maures et Juifs considérés comme un danger public avaient trois mois pour quitter les lieux sans emporter ni fortune ni bijoux. Sixte IV en 1473 la rendit indépendante, seulement soumise à l’Inquisiteur Général, vrai souverain nommant les inquisiteurs locaux. Le roi Ferdinand V l’adopte et la nomination de Torquemada à Tolède eut pour conséquence quelques 100 000 morts.
A Cordoue fut fixé le code de l’Inquisition espagnole, le « Quemaderoc » en 1561 ; selon les catégories d’hérétiques on les menait au supplice revêtus d’habits différents. Les morisques - Maures « convertis » souvent en apparence (500 000) furent persécutés et expulsés en 1609 - et les maranes, Juifs « convertis » même s’ils se repentaient et même s’ils abjuraient étaient soumis à des peines humiliantes. Le peuple était friand de ces spectacles de « fêtes » comparables à ceux des arènes romaines contre les premiers chrétiens ! ou aux combats de taureaux ! L’Inquisition ne fut abolie – provisoirement - en Espagne qu’en 1808 lors de l’invasion française, mais entre 1474 et 1808 la moyenne annuelle des condamnés à mort pour hérésie est estimée à 1 100. Elle s’étendit dans les pays de langue espagnole : Mexique, Pérou, Amérique du Sud et même les Philippines. Elle fut rétablie par Ferdinand VII et dura jusqu’en 1820, date de sa disparition.
On sait beaucoup de choses grâce à un écrivain espagnol du 19ème s. Juan Antonio Llorente secrétaire de l’Inquisition de la Cour d’Espagne de 1789 à 1791, époque où elle était très affaiblie, mais sa position officielle a permis à Llorente de consulter les dossiers secrets et fermés depuis des siècles ; son livre « Histoire critique de l’Inquisition » (quatre volumes in-octavo) a fait autorité et a été aussitôt traduit en 1817 en français par Nicolas Pellier. D’après lui le fameux tribunal existait dès le 13ème s. à Séville d’abord, puis à Barcelone en 1232. Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille les rois « très chrétiens » avaient officialisé l’Inquisition en 1481.
Après l’extermination des Maures et des Juifs, l’Inquisition espagnole s’attaqua aux protestants car les idées de la réforme avaient trouvé quelques ouvertures en Espagne. Après Charles Quint – qui mit Luther au ban de l’Empire - Philippe II continua et deux autodafé eurent lieu : un à Séville où 35 hommes et femmes furent brûlés, l’autre à Valladolid en 1559 avec 25 victimes.
C’est l’Inquisition espagnole qui présente le modèle d’organisation le plus élaboré: elle avait des agents dans toutes les villes de la monarchie et des colonies, des prisons particulières les « casas santas » ; voici comment on procédait : suite à une dénonciation, la personne était arrêtée, prise de corps même au milieu de la famille, l’accusé ne pouvait faire appel à aucune protection, n’avait aucun asile quel que fût son rang, ne pouvait avoir aucune communication avec qui que ce soit, était enfermé dans un cachot affreux, soumis à des pressions pour qu’il s’accuse lui-même, était mis à la question, tortures et souffrances ; s’il refusait de se soumettre, c’était le bûcher et les biens étaient confisqués ; on déterrait même des morts reconnus coupables d’hérésies post mortem pour les brûler. Ceux qui abjuraient étaient astreints pendant dix ans à des pénitences publiques, et obligés lors des grandes fêtes de se rendre à l’église ou à la cathédrale en chemise, pieds nus, bras en croix, à y être fouettés par le curé ou l’évêque, et porter pendant dix ans des vêtements avec deux croix, devant et au dos.
Le Grand Inquisiteur s’entourait d’agents nommés par lui seul, avec approbation du roi :
1/ - les « calificadores » chargés de juger l’orthodoxie des opinions ;
- les « sequestradores » veillaient à l’administration des biens confisqués ;
- les « espions » faisaient exécuter les mesures (au besoin avec les armes) et protégeaient les inquisiteurs.
2/ - les officiers chargés des arrestations ;
- les procureurs fiscaux qui dirigeaient les poursuites et les accusations lesquelles étaient provoquées au besoin par des récompenses.
- les secrétaires chargés des procès verbaux et de la surveillance des accusateurs, des témoins et des accusés pendant le procès.

Llorente confirme que sous Philippe II, même son confesseur Fr. Bartholome de Carranza évêque de Tolède fut arrêté et dut passer devant le tribunal de l’Inquisition ! son procès occupe 24 volumes in-folio déposés à Rome où il mourut au bout de 17 ans après avoir abjuré les erreurs qu’il avait prononcées dans ses sermons ; les plus hauts personnages et religieux du royaume, des théologiens illustres furent accusés d’avoir approuvé les « Commentaires sur le catéchisme » ouvrage de l’archevêque de Grenade non « conforme ». Llorente cite aussi de faux nonces qui firent leur apparition au Portugal, par exemple Perez de Saavedra, expert en fausses ordonnances royales, qui lui donnaient pleins pouvoirs sur les biens des condamnés, plus les revenus de deux commanderies de Saint Jacques ; il fut envoyé aux galères.

L’Inquisition en ITALIE

Au 14ème s. et jusqu’au début du 15ème s. la papauté est en déclin en Italie ; son siège est en Avignon jusqu’en 1377 ; en fait les « papes d’Avignon » y résideront jusqu’en 1417 parallèlement à ceux qui rétabliront le siège à Rome dès 1377, époque du « Grand schisme d’Occident » ; la chrétienté aura deux - et même trois ou quatre – papes, des « antipapes » ! Après cette époque de décadence, suivie de la splendeur de la Renaissance, la papauté va se pencher sur la question de la doctrine de la foi. Les avancées humanistes de la Renaissance et les progrès de la Réforme vont influencer le pape Paul III (1534-1549) qui s’entoure d’adeptes d’une restauration de la discipline, des études et de l’épuration des dogmes ; il fait appel à d’anciens disciples d’Erasme et propose même à ce dernier le cardinalat – qu’il refuse !
La deuxième moitié du 16ème s. va effacer ces idées « avancées »; l’accent sera mis sur la suprématie de l’orthodoxie et l’intolérance pontificale va trouver son arme avec l’Inquisition. Juan Pedro Carafa, nonce à Madrid, futur Paul IV lui donne une organisation à l’image de l’Inquisition espagnole : à la tête six cardinaux = le « Saint Office » coiffant un tribunal de Dominicains dont les actions sont réglées sur quatre maximes : 1/ frapper toute hérésie ou apparence d’hérésie ; 2/ ne pas ménager les plus hauts personnages, au contraire les punir de manière exemplaire ; 3/ rechercher les hérétiques au sein des gouvernements ; 4/ ne jamais recourir à la douceur. Un des cardinaux est Grand Inquisiteur ; les Inquisiteurs généraux peuvent être envoyés partout avec tout pouvoir, même de condamnation à mort. Personne n’y échappe ; seule Venise résiste et restera fermée aux Inquisiteurs. 2 000 Vaudois seront massacrés en Calabre ; la presse est sous contrôle du Saint Office.
Le développement de l’imprimerie favorise la diffusion de livres interdits, 72 imprimeurs sont frappés d’interdit ce qui provoque l’institution, en 1559 de « l’Index ».
C’est l’époque de la fondation de l’Ordre de la Compagnie de Jésus fondée par Ignace de Loyola (1491-1556) qui, dans sa foi aveugle, a une haine de l’hérésie. Le pape Jules II (grand « seigneur » de la Renaissance) donne mission à la Compagnie de Jésus de défendre l’autorité absolue du Saint Siège et le dote de tous les privilèges nécessaires, y compris la dispense de toute juridiction épiscopale, et toutes les facilités pour agir en pays d’hérésie.

Rome n’a jamais officiellement aboli l’Inquisition et fin 19ème s. elle est toujours présente en Italie, s’attaquant plus aux livres qu’aux personnes – bien qu’une victime soit signalée autour de 1850.
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L’Inquisition en FRANCE

Après la guerre contre les Albigeois l’Inquisition fut suspendue, sauf pour le procès des Templiers et pour celui de Jeanne d’Arc.
Cependant Jeanne d’Albret et ses enfants Henri (futur Henri I V) et Marguerite, condamnés comme hérétiques, manquèrent d’être arrêtés pour être enfermés dans les cachots du Saint Office, heureusement le projet d’enlèvement échoua. Il est probable que les Guise – papistes - n’étaient pas étrangers à cette entreprise, ils réclamaient la maintenance de l’Inquisition en France contre les adeptes de la Réforme ; le chancelier Michel de l’Hopital apaisa la situation et l’Edit de Romorantin en 1560 stipula que seuls les évêques avaient droit de juger les délits concernant la foi.
Il y eut encore quelques adeptes au 17ème s. mais d’une manière plutôt « idéologique » ; un religieux écrivit que : « l’Inquisition fut fondée dans le ciel, Dieu fut le premier inquisiteur lorsqu’il foudroya les anges rebelles, lorsqu’Adam fut chassé du paradis, que Caïn tua son frère, que le Déluge fut envoyé sur la terre, lorsque Babel confisqua les langues, que les Hébreux subirent les épreuves au désert etc… lorsque Dieu transmit à Pierre le pouvoir qu’il exerça sur Ananie et Saphira….et ensuite en transférant ce pouvoir aux Dominicains ».
Une seule exception à Toulouse à la demande des Etats du Languedoc: « Ce 25 janvier 1611, nous Pierre Girardet inquisiteur pour la foi »… fit brûler un enfant de 9 ans pour vol de reliques et un homme pour cause de magie.
L’archevêque de Toulouse fit supprimer en 1645 par « arrêt du roi « l’institution et sa juridiction (alors qu’il n’y a pas de roi mais la régence d’Anne d’Autriche et de Mazarin). Cependant les Dominicains y continuèrent « d’appointer » l’Inquisition jusqu’à sa suppression officielle, en 1772, due à la Dubarry !

CONCLUSION
Que retenir des horreurs de cette institution ?
Peut-être, en premier, que notre époque « civilisée » a su faire pire en nombre de morts.
Que ce qui nous choque le plus, c’est la condamnation de la liberté de pensée.
Les procédés sont à replacer dans le contexte du temps : au moyen âge, époque de l’unité de foi, la religion chrétienne avait valeur de bien suprême ; l’apostasie était le pire des crimes et toute menace contre l’Eglise – et les Etats très liés à elle – autorisait les pires peines, jusqu’à la mort.
Au 20è s. les historiens de l’Eglise emploient le terme d’aberration au sujet de l’Inquisition et notent la forte hypothèque que la cruauté de ses pratiques représente pour l’Eglise.

L’Inquisition ne fut jamais officiellement supprimée par le Saint Siège et aucun pape ne fit amende honorable de ses atrocités ; elle devint le Saint Office – véritable tribunal de l’Inquisition – qui se scinda en deux : l’Opus Dei qui existe toujours et la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi – une très haute instance de Rome - dont le Préfet était récemment le Cardinal Ratzinger jusqu’à son élection au pontificat en 2006, aujourd’hui Benoît XVI.

Christiane Poher 2006 / 2007


Commentaires

  1. 1 Garnaud Yolaine a dit:

    Je viens de lire rapidement ce compte-rendu passionnant puisque je ne peux pas venir à Générac et pense qu’il serait intéressant de l ‘imprimer-1 ex.- à la disposition sur la table de presse des temples. Je viens de tirer la conférence de C. Amphoux car j’ai raté la dernière conf.
    Une suggestion…possible à soumettre au cours d’un culte pour savoir qui serait interessé. De toutes façons je crois que les archives écrites restent essentielles et seraient un témoignage du travail , parallèle à l’ordinateur que les gens àgés ne possèdent pas
    Merci donc Y.G.

    Citer | Publié 23 octobre 2007, 17:50
  2. 2 Père bernardo saturnin moutou a dit:

    Mon Rev.

    Je désire m’incardiner au sein de votre église.Quelle est la conduite à tenir.
    Recevez mes meilleures salutations en christ.
    Pére bernardo saturnin moutou.

    Citer | Publié 19 avril 2008, 16:15

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