Conférences de Christian Amphoux à la Garenne

Vendredi 28 mars 2008 à 19h00 à la Garenne à Beauvoisin (à coté du Château)
dernière conférence sur l’Apôtre Paul: la captivité et la mort…
Ce moment est suivi d’un repas convivial vers 20h30 au même endroit.
Pour faire un ensemble cohérent des conférence de l’année dernière, nous regroupons le compte rendu de la totalité du cycle de l’année dernière2006, soit 5 conférences. Merci à Marcel Bourra d’avoir fait ce travail et de le continuer cette année.

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RELEVE DE NOTES LORS DE L’ENSEIGNEMENT DE C.B. AMPHOUX AU CENTRE DE LA GARENNE A BEAUVOISIN SUR LA VIE DE JESUS – CYCLE 2006-2007 (notes de Marcel Bourra)
I - LE 24 NOVEMBRE 2006 - LA NAISSANCE DE JESUS


« Ecrire la vie de Jésus est devenu une gageure. Pendant des siècles on s’est contenté de la confusion entre histoire et histoire sainte ….» Telle est l’introduction de l’article de C.B. Amphoux dans la revue « Foi et vie » de printemps 2006, dont le contenu m’a permis de restituer, sous forme de relevé de notes et d’une façon à peu près fidèle, l’intervention du conférencier.
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La première intervention, du 24 novembre, a été consacrée à la naissance de Jésus.

Mathieu et Luc sont les seuls à parler de la naissance de Jésus. Les récits sont différents, mais le point commun est que Joseph n’est pour rien dans cette naissance, Dieu en étant le père.

La date : La détermination du début de l’ère chrétienne repose sur le travail, vers l’an 540, d’un moine, Denys le Petit, en partant de la date de la fondation de Rome. En fait Jésus doit être né avant la mort d’Hérode (en l’an – 4). Autre donnée historique, il serait né la 42° année du règne d’Auguste, daté de moins 44, ce qui ferait naître Jésus en - 2 ou - 3. En fait il y a du avoir confusion avec le début de la nomination d’Auguste au poste de Consul, ce qui rend plausible et cohérent l’évaluation en l’an - 5 ou - 6 de la naissance de Jésus. D’ailleurs, sur ce point, il y a consensus des chercheurs. C’est plus probablement en l’an - 6, car Siméon, qualifié de Juste et de pieux par Luc, qui a marqué le règne d’ Hérode de l’an – 22 à l’an – 5, était présent au moment de la présentation de Jésus au temple.

Il faut par ailleurs rappeler que Joseph a fui en Egypte (Mathieu) pour échapper à la vindicte d’Hérode, « floué » par les Mages, jusqu’à la mort de ce dernier, c’est à dite après l’an - 4, plus probablement vers l’an – 5 ou -6, ce qui rend plausible l’épisode du temple pour la fête de Pâque au moment où Jésus avait 12 ans (Luc).

Enfin, dernier repère, la réalisation du recensement par les Romains, sous la responsabilité de Quirinus, Gouverneur de Syrie. En fait les chercheurs datent ce recensement à l’an 6, car Archelaüs, fils d’Hérode, était soupçonné par les Romains de sous déclarer les impôts fonciers qu’il prélevait sur les propriétaires des territoires occupés et d’en mettre une partie « dans sa poche ». C’est la raison de ce recensement, consistant à décrire, par le menu, les terres concernées, l’identité du propriétaire et la composition de sa famille. Ce recensement est attesté en l’an 6.
En fait Denys le Petit aurait, en téléscopant les deux évènements, fait une moyenne pour fixer le début de l’ère chrétienne entre ces deux dates (épisode de la fin de la vie d’Hérode et la date du recensement).

Pour ce qui concerne la saison de sa naissance, rien ne permet d’indiquer si c’était en hiver ou en été. La date du 25 décembre été choisie plus tard – on a des traces de la célébration de Noël au II° siècle, peut-être par référence aux fêtes « Saturnales » de Romains, qui célébraient à l’occasion du début de l’hiver le renouveau de la lumière. Peut-être aussi a-t-on associé Noël avec la fête juive de commémoration de l’inauguration du Temple purifié (fête de la Hanoucca ou de la Dédicace) le 15 ou 14 décembre de l’an – 164, après la victoire de Judas Macchabée, grand héros de l’histoire juive, sur les Syriens, ce qui est aussi la fête du renouveau. Ce n’est qu’au V° siècle que la date du 25 décembre est fixée pour la célébration de la fête de Noël.

Le lieu de la naissance de Jésus : Cette question est liée à l’origine sociale de Jésus. Elle a longtemps divisé. Catholiques et Protestants s’accordent maintenant à dire que Jésus n’est pas né à Bethléem. En effet comment imaginer qu’une femme enceinte de huit mois et demi s’engage dans un voyage entre Nazareth (en Galilée) et Bethléem (en Judée), pour un recensement ! Encore moins vraisemblables l’origine géographique et la condition sociale de la famille de Jésus. Nazareth, d’après les recherches archéologiques, ne présente pas de trace d’occupation humaine à cette époque .

Par ailleurs d’après Luc la famille s’est installée en Galilée à Nazareth après le retour d’Egypte de crainte des représailles d’Archelaüs . Nazareth a la même phonétique que « n z r », qui veut dire « consécration » en hébreu. En fait il semble plus vraisemblable que la famille de Jésus était très proche du Temple de Jérusalem et faisait partie des familles autorisées à fournir le bois pour les cérémonies religieuses. Elle n’était pas pauvre mais pieuse. Comment expliquer que Jésus ait été présenté au Temple en présence de Siméon , personnage particulièrement vénéré. Comment expliquer qu’à 12 ans il soutienne de longues conversations avec les docteurs, probablement ses maîtres. Le métier, prêté à Joseph de charpentier, n’est pas incompatible avec le privilège qui est accordé à ce descendant de la famille de David (tribu de Juda) de fournir le bois au temple .

D’après la tradition apocryphe, Marie, fille de Joachim et d’Anne, qui étaient des bourgeois de Jérusalem, serait de la même tribu que Joseph. Il est plus vraisemblable que, comme sa cousine Elizabeth, la mère de Jean et le mari du prêtre Zacharie, elle soit issue de la lignée de Lévi. En effet c’est dans cette lignée qu’étaient recrutés les prêtres.

Jésus, issu par adoption de la tribu de Juda, se trouverait à la croisée de deux lignées, une lignée royale, celle de David, une lignée sacerdotale, la lignée de Lévi.

Le conférencier est donc sur ce point en divergence avec Meier, qui attribue à Jésus une origine rurale. Comment expliquer en effet la très grande culture juive de Jésus ?
Dans un cas comme dans l’autre, la date et le lieu de sa naissance, les textes sont lus au second sens . Il faut procéder à ce même exercice pour interpréter le déménagement de Jésus à Carpharnaüm après l’arrestation de Jean (Mathieu) , sur lequel le conférencier ne s’étend pas.

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2 - LE 19 JANVIER 2007 – SUITE DE LA NAISSANCE DE JESUS

Préambule : Ce deuxième enseignement a été consacré à des réponses données par l’intervenant aux questions posées par un des auditeurs de la fois précédente, lecteur attentif du livre de J. P. Meier « Un certain juif, Jésus ». Au préalable il est rappelé que Meier a fait franchir des pas importants à certaines questions, notamment sur la virginité de Marie, considérée par les Catholiques comme une Déesse et sur l’existence des frères de Jésus, considérés classiquement comme des cousins. Il ne faut pas mêler dogmatique et histoire. Il est heureux que ce genre de contre verse soit dépassée.

1 – Les apôtres et les frères de Jésus : Quatre listes apparaissent dans les différents textes :
- Matthieu : Simon-Pierre, André, son frère, Jacques fils de Zébédée, Jean, son frère, Philippe, Bathélémy, Thomas, Matthieu le publicain, Jacques, fils d’Alphée, Thaddée, Simon le Zélote, Judas Iscariote.
- Marc : Simon-Pierre, Jacques, fils de Zébédée, Jean, son frère, André, Philippe, Barthélémy, Matthieu, Thomas, fils d’Alphée, Thaddée, Simon le Zélote, Judas Iscarioth.
- Luc : Simon-Pierre, André, son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélémy,
Matthieu, Thomas, Jacques, fils d’Alphée, Simon le Zélote, Judas, fils de Jacques, Judas Iscariote.
- Actes des Apôtres : Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe, Thomas, Barthélémy, Matthieu, Jacques, fils d’Alphée, Simon le Zélote, Jude, fils de Jacques .

A titre indicatif, l’énumération, dans Marc 6, des frères de Jésus : Jacques, Josès, Jude et Simon.

Le travail de B. C. Amphoux consiste à établir la cohérence complète, notamment quand on constate que Thaddée disparaît chez Luc et les Ac.

Ce que j’en ai retenu :
- Les noms communs aux quatre textes sont en position 1, 5 et 9.
- Ils seraient classés par groupe de 4. S’agit-il d’une façon de les constituer en « équipes » ?
- Dans Luc et les Ac, Judas ou Jude, fils de Jacques, remplacerait-il Thaddée ?
- Jacques, le père de Jude, est-il le frère de Jésus ?

Il y a donc deux Judas, le « traître » et Judas, qui était, selon l’évangile selon Thomas, l’initié. Rappelons que l’auteur de l’épître de Jude se présente comme le frère de Jacques, donc frère de Jésus ?

Il y aurait confusion, sous un même nom, de deux personnages, comme ce pourrait être le cas entre Jacques, fils de Zébédée et Jacques fils d’Alphée.

Jacques, personnage que l’on retrouve dans les écrits d’Eusèbe de Césarée, historien de l’Eglise (pas tout à fait objectif d’après ses affirmations). Eusèbe contesterait la « paternité » de Jacques sur l’épître éponyme. Jacques est devenu la référence pour ceux qui croient que Jésus est plus Dieu qu’homme (tradition judéo-chrétienne).

Le second enseignement sur le personnage de Judas. L’épître de Jude et l’évangile selon Thomas sont destinés à transmettre l’enseignement de Jésus. En ce sens ses frères peuvent être considérés comme des « pré gnostiques ».

2 – Le nom de Jésus : En Araméen c’est Joshua, déformation de Josué, qui signifie : « puisse Yahvé sauver » , en grec, c’est Jésus. A noter que Marie ne respecte pas, dans le choix du prénom, l’annonce faite à Joseph par l’Ange du Seigneur (Mat 1-22) de la venue de Jésus, auquel il sera donné le nom d’Emmanuel (Dieu avec nous).

3 – Les noms de frères de Jésus : Pour les interpréter il faut se référer aux noms des fils de Jacob : Ruben, Simeon, Lévi, Judas (l’héritier), Jacob au 9° rang, Joseph au 11°. Au passage L’intervenant rappelle l’invraisemblable histoire, décrite dans Genèse (34) de Sichem et de Dina, une des filles de Jacob.

Les deux noms en seconde position de la liste étaient disqualifiés, en raison de cet évènement, ainsi que celui de Ruben qui avait vendu Joseph aux Ismaélites (Genèse 37 – 22) .

Malgré cela Meier estime que le choix des noms des frères de Jésus est inspiré de ceux des fils de Jacob. Il y a une autre interprétation : on leur aurait donné des noms de « pouvoir », dans une mise en scène des évangélistes.

4 – La lignée de David : La descendance de David était éteinte du temps de Jésus. Mais David a-t-il existé ? Il semblerait qu’on ait trouvé à Jérusalem une maison de David. En fait faute de fait historique probant, il faut rappeler que du temps de Jésus ce qui était important ce n’est pas tant la réalité des choses que l’idée que l’on s’en fait . Pour accréditer l’idée que Jésus est « roi des juifs » on « fabrique » une appartenance de Marie à la lignée de David .

Si la Bible insiste tant sur l’ascendance, c’est parce que le pedigree des gens est essentiel pour justifier leur profession.

Par exemple Hérode le Grand, qui voulait le pouvoir à Jérusalem, ne pouvait être grand prêtre car il était Iduméen et non juif. Il ne pouvait pas entrer dans le cœur du temple. C’est la raison pour laquelle il se contenta d’être roi des juifs. Pour Jésus c’est la même chose, son ascendance peut lui permettre d’être roi des juifs.

5 – Naissance illégitime de Jésus : Associée au nom d’un soldat appelé Pandera ou Panthera, terme qui veut dire belle-mère, résulte d’une offensive des Pharisiens, destinée à parodier l’ascendance de Jésus. Au moment de la séparation entre juifs et chrétiens, les pharisiens décident d’interdire aux chrétiens l’accès de la synagogue. A cette occasion les chrétiens, voyant leurs assemblées diminuer en nombre, commencent à mettre en avant l’intervention du Saint-Esprit. De même la conception virginale est une image destinée à justifier l’aspect merveilleux du ministère de Jésus.

6 – Jésus était-il illettré ? Il écrivait sur le sol. On a d’abord du mal à déterminer la ou les langues qu’il parlait. L’Araméen, c’est certain si on pense que Jésus a passé une grande partie de sa vie à Nazareth, en zone rurale. Le Grec, il semble qu’il le comprenait pour effectuer ses affaires . L’Hébreu, sans doute quelques rudiments pour entendre l’enseignement au temple de Jérusalem ; le latin, certainement pas.

Eusèbe de Césarée prétendrait que Jésus aurait écrit au roi d’Edes. C’est une énigme. Qu’est ce que Jésus écrivait par terre ? Les péchés de chacun ? Il y a une interprétation, compte tenu de ce que Jésus se baisse deux fois. Le chiffre deux rappelle que la Loi de Yahvé a été écrite deux fois, la première fois écrite « par le doigt de Dieu » sur les tables de la Loi, que Moïse brisera, la seconde fois, sous la dictée, c’est le Deutéronome.

Ainsi quand une parole est répétée deux fois, cela devient le Loi. Jésus est ainsi législateur. Les disciples vont diffuser les paroles du Christ comme si c’était la Loi. Il faut, pour interpréter les textes, s’efforcer de les « judaïser ». On ne la fait pas assez actuellement car on a peur de ne pas être assez « chrétien ».

6 – « Aime ton prochain comme toi-même » : L’amour du prochain, comme relation universelle, n’est pas nouveau. Cela vient des Pharisiens. Jésus ne l’a pas inventé. Il a adhéré à cette sagesse . Aristote, qui fut le précepteur d’Alexandre le Grand et lui enseignait, entre autres, la politique et la morale, a écrit (presque quatre siècles avant Jésus) un véritable catéchisme de comportement.

7 – Jésus célibataire ? Premier argument en faveur de cette thèse , c’est que Jacques, le frère de Jésus, fut désigné comme son successeur et non pas un descendant de Jésus. Par ailleurs des juifs contemplatifs, décrits par Philon d’Alexandrie, qu’il appelle des « thérapeutes », menaient une vie ascétique en réaction aux débordements de leurs contemporains. De surcroît il faut rappeler que le Naziréat , décrit dans les Nombres (6 – 1 à 21) est une consécration temporaire pendant laquelle l’adepte choisit de mener une vie d’ascèse. Ainsi Jésus pourrait être comme certains ascètes qui ne jugent pas nécessaire de se marier et d’avoir des enfants, car pour eux le royaume de Dieu est proche.

3 - LE 2 MARS 2007 – L’ENFANCE DE JESUS, SON BAPTEME

ET LE DEBUT DE SON MINISTERE

Préambule : Il semble qu’à Montpellier on ne reste pas indifférent à ce qui se passe à Beauvoisin, sachant que les interventions de B.C. Amphoux dans ce village rassemblent presque autant de monde que si c’était dans la capitale régionale. Cela prouve que les auditeurs sont fidèles et cela donne envie à C.B. Amphoux de continuer à répondre à leurs questions. Cela a été dit sans désir de flatter - l’intervenant est trop protestant pour cela !

La réunion de ce jour sera conduite en deux temps, un préambule et une échange avec J.R. qui fait l’effort de lire les ouvrages de Meier. Rappelons que cet auteur, prêtre catholique du diocèse de New-York, développe la thèse actuelle qui émerge quand on se dégage des « présupposés » de l’histoire concernant Jésus.

La datation du baptême de Jésus : Il faut rappeler que le baptême de Jésus n’est pas une anecdote dans sa vie, car, contrairement à d’autres évènements, la date est connue avec un grand luxe de détails dans Luc.

Il a eu lieu la quinzième année du règne de l’Empereur Tibère, Ponce Pilate étant « gouverneur » , Hérode Antipas étant tétrarque de Galilée, son frère Philippe trétrarque de la province voisine, etc… les grands prêtres étant Caïphe et Anne.

Pourquoi prendre autant de soin à dater cet évènement et non pas, comme aujourd’hui, la naissance et la mort de quelqu’un. Est-ce que c’est parce que la date du début du règne des rois est également retenue ? L’interprétation proposée. Jésus ne devient pas roi, mais quelque chose de particulier se produit. Deux signes apparaissent, l’un visible, l’autre auditif. Le Saint-Esprit descend en lui comme une colombe. Une voix du ciel se fait entendre. Selon Matthieu et Marc : « Celui-ci est mon fils. En lui j’ai mis bonne opinion … ». Formule difficile à interpréter, qui signifie que c’est une élection, une adoption. Il se produit quelque chose de nouveau : une « investiture sacerdotale ». C’est autour de cette notion de sacerdoce qu’il faut interpréter le baptême. Meier « tombe dans le panneau » en considérant que, dans Jean, il y a le messianisme sacerdotal, en Jésus il y a le sacerdoce royal ou politique et en consacrant tout le 2° volume de son livre au Jésus, roi des juifs, compte tenu de son ascendance royale, par David. Jean, descendant d’Aaron, par sa mère et son père, est prêtre de naissance. Il n’y a donc pas de parallélisme entre les deux mais complémentarité.

On peut fonder ce sens par l’analyse des images. La colombe, en hébreu se dit Ionah. En grec cela donne Jonas. C’est un jeu de mot avec le nom du dernier grand prêtre légitime, qui s’appelait Onias . L’image de la colombe, par son nom hébreu sous jacent, transcrit en grec, est choisie pour évoquer l’évènement par lequel Jésus va recevoir le sacerdoce légitime. Il va recevoir la succession du dernier grand prêtre légitime Onias. Pour nous il y a une signification symbolique, qui signifie la paix et qui fait référence au déluge.
Si traditionnellement on dit qu’après le déluge vient la paix. Il y a une autre interprétation symbolique du déluge. Ce récit annonce une réforme du sacerdoce. La fin du déluge représente un temps nouveau. La preuve c’est que le successeur de Noé n’est pas le deuxième ou le dernier mais l’aîné de ses fils. Le retour de cet évènement de la désignation comme successeur du fils aîné est le signe d’un temps nouveau. Traditionnellement le premier fils est déchu. S’il y en a deux c’est le second qui est le successeur et s’il y en a plusieurs c’est le dernier qui est élu. Ce n’est ni Cam, ni Japhet, qui va succéder à Noé, mais Sem le fils aîné. On assiste à un retour de Cam. Pour que la colombe puisse venir du ciel il faut que celui-ci « s’ouvre », image qui sera transformée dans Marc au II° siècle sous la forme du ciel « qui se déchire », mais cela aura un tout autre sens. Quand le ciel s’ouvre on a une révélation majeure. L’évènement majeur est que l’Esprit Saint entre dans Jésus.

Ceci doit déranger les auditeurs. Qu’est ce qu’était Jésus avant, si l’esprit Saint ne vient en lui que lorsqu’il a 33 ou 35 ans ? Il n’était pas divin. Il faut lire les textes d’assez près et nous sommes invités à lire les récits de la naissance de Jésus dans Luc. Jésus n’est pas, au moment de sa naissance, rempli de l’Esprit, Jean-Baptiste l’est comme enfant, le sage Simon l’est aussi. Jésus est rempli de grâce, de sagesse, mais pas de l’Esprit. On est donc dans un sens restrictif du mot Esprit qui n’implique pas un jugement sur la nature divine de Jésus. Elle est divine, dans Luc, dès la naissance. Mais c’est au moment du baptême que cette révélation se fait. Aussi bien pour Jésus que pour les gens qui l’entourent. Jésus avait probablement l’Esprit de Dieu, mais il ne le savait pas.

Jésus doit assumer la fonction de Grand Prêtre. On trouve cela dans l’Epître aux Hébreux, qui est un des plus fondamentaux du NT, le seul à nous dire une chose la plus importante concernant le sacerdoce de Jésus .

Comment ce processus se fait-il dans une société aussi réglée sur le plan législatif que la société juive. C’est à partir de cela que l’intervenant a inventé le processus suivant : Jean-Baptiste est à la fois prêtre de naissance et cousin de Jésus. Comme il n’a, ni enfant, ni frère et sœur, ni cousin plus proche, il choisit Jésus pour fonder avec lui – le fondateur est le premier en fonction – une nouvelle lignée sacerdotale. On est donc dans un processus qui est complètement à coté de l’interprétation que l’on fait du baptême de Jésus. Jésus entre dans le projet de Jean et non pas le sien, qui était de dire à Jean : « j’adhère à ta prédication ». Jésus est venu chercher le baptême. Il reçoit en fait l’investiture. Il doit maintenant franchir les étapes pour entrer au temple comme Grand Prêtre en fonction. Il y a un modèle pour Jean et Jésus, c’est le cas de Saül et de David. Dans le premier livre de Samuel on voit que Saül réagit quand il apprend de Samuel que Dieu ne l’a plus choisi et qu’il met la main sur le pouvoir qu’il occupe. Il fait en sorte que personne ne puisse prendre sa place.

Samuel va, par défi, oindre David qui est un petit berger et en faire un concurrent de Saül. David va vivre une immense histoire, au cours de laquelle il va risquer la mort plusieurs fois, car il est le concurrent désigné du roi.

Ce modèle a servi à tracer le parcours évangélique de Jésus. Quelque chose s’est produit à la naissance, cela a été vu au cours de premières séances. Mais quelque chose de très important se passe au moment du baptême.

A partir du moment où Jésus est baptisé il ne va plus avoir droit à la vie privée, car Jean va être mis en prison et il va devoir prendre la place C’est un premier exemple de substitution de l’élu au fondateur d’une dynastie. Mais quand Jean est exécuté Jésus n’est plus le porte parole de Jean mais son successeur de plein droit. Il lui incombe de définir sa stratégie.

Ce qui est intéressant c’est de tirer des épisodes des évangiles des indices nous renvoyant à des évènements. Ces évènements, on va essayer de les situer dans le temps.

Jésus est baptisé la quinzième année du règne de César, le règne ayant commencé en 14. On est donc en 28 entre la 14 et la 15° année. Le baptême a lieu, en 28, au moment où on peut se tremper dans l’eau sans trop de mal. Il faut savoir qu’à Jérusalem, au mois de mars, il fait froid. Le baptême a, plus raisonnablement eu lieu, non pas pour la fête des rois, mais entre la pentecôte et la fête des tentes . Jean ne baptise pas toute l’année. Trois mois suffisent pour « répondre à la demande ».

La mort de Jean a une référence en 6,1 de Luc. Il y a un adjectif le « deuxième premier » utilisé dans Luc au 6,1 . C’est très probablement le sabbat de la semaine des pains sans levain. Ce sont les sept jours qui suivent le jour de la Pâque qui peut tomber un samedi comme un autre jour de la semaine. Ce n’est pas comme notre Pâque qui a été fixée un dimanche . Si l’évènement de la mort de Jean est associé au samedi de la semaine des pains sans levain, cela veut dire que, si Pâque a lieu un samedi, ce samedi là est le deuxième de l’année. Si Pâque ne tombe pas un samedi, ce samedi est le premier de l’année. C’est donc la Pâque 29. Jésus serait donc mort à la Pâque 30. Donc Jésus a donc eu un ministère terrestre de l’été 28 à la Pâque 30. Ensuite il va avoir un ministère plus long de 30 à 63, date de la mort de son frère Jacques. Mais l’Evangile ne raconte que la première partie. Alors qu’un certain nombre d’évènements viennent du ministère céleste et non pas du ministère terrestre .

Donc le baptême est un repère, le deuxième est la mort de Jean et le troisième est celle de la mort de Jésus. Y en a-t-il d’autre ?

Il y en a un que C.B. Amphoux a découvert plus tard que les autres. Il est associé au samedi deuxième premier et à la scène de Jésus qui se promène avec ses apôtres, quand ils froissent des épis de blé . Ils mangent des graines, ils mangent des semences. Comme on sait, la farine des grains de blé n’est pas digeste. Le grain est fait pour être écrasé, mélangé à de l’eau, fermenté et cuit. Le pain est digérable après fermentation et non pas avant. Vous avez vu aussi la question que soulève Jésus. Quand il eut faim, David mangea le pain réservé aux prêtres.

Il y a quelque chose qui échappe. Voici une clef de compréhension. D’abord le récit se lit à deux niveaux, le niveau liturgique et le niveau théologique. Au plan liturgique cela se passe dans un champ de blé… avec les petits oiseaux. Mais au deuxième sens il y a une chose qui choque : on est à Pâque, la moisson est à peine commencée . On ne va pas se promener dans un champ de blé quand les tiges sont encore debout. Il y a un rite, dans le Lévitique, qui veut que la première gerbe soit offerte au Prêtre. Cette gerbe est déposée par tous les agriculteurs sur la table d’offrande dans le temple. A ce moment on accède à un deuxième sens du texte qui, sans éliminer le premier sens, qui est si beau, indique que Jésus est dans le temple avec ses disciples, dans la partie réservée aux prêtres, c’est-à-dire juste avant le Saint des Saints, réservé au Gand Prêtre.

Il touche aux gerbes qui sont sur la table et quand on lui dit : « qu’est ce que tu fais là » il répond: « je fais ce qu’a fait David, je les mange par nécessité ». Que représentent les graines ? Justement la différence qu’il y a entre le prêtre et le fidèle. Quand nous allons arriver à la multiplication des pains Jésus les fait distribuer non pas pour qu’ils les mangent, mais pour que les disciples les donnent à la foule. Tandis que le contenu des épis les disciples le mange, c’est-à-dire que les épis, les semences, sont aux prêtres ce que le pain est à la foule. Le pain représente la parole de la prédication et les semences, la parole de l’enseignement théologique, la formation des prédicateurs.

Il y a là un repère très important qui est associé au samedi des pains sans levain. On est au moment de la première gerbe. Il se passe dans le temple quelque chose d’essentiel car David est un faux semblant. Il n’est pas question de messianisme royal. Jésus est en discussion avec les Pharisiens. Qu’est-ce qui choque chez les Pharisiens ce n’est pas que Jésus, qui est laïc comme ses disciples, prenne la part des prêtres. C’est que Jésus le fasse un samedi, le jour du sabbat. Et quand Jésus leur répond, il répond à une double question: Pourquoi laisse-t-on un laïc manger la part des prêtres le jour du sabbat. Jésus leur répond uniquement à la première, si l’on peut disposer de la part des prêtres quand on est laïc. Deux axes dans l’épisode. Pour les Pharisiens, le problème du sabbat, celui de Jésus de manger la part des prêtres quand on est laïc. Qu’est ce qui passe en premier. La primauté dans la hiérarchie des valeurs. Est-ce le Messie, à l’image de David ou est-ce le sabbat, à l’image du Décalogue ?

Au dessus du sabbat, pour Jésus il y a le Messie, c’est-à-dire le Grand Prêtre légitime. Voilà le conflit. On est à l’aboutissement d’une longue période de discussion dont le début est raconté dans Jean. Là on est à la fin de la période. Cet épisode se rattache à la partie des évangiles qui parle du thème du pain et de la semence et qui va jusqu’à la multiplication des pains. Alors que, dans Jean, il est question de ce débat à propos de la guérison du paralysé, qui se rattache à cette partie qui va du baptême jusqu’à la guérison. Les Pharisiens, appelés les Judéens, mais certainement les mêmes, contestent Jésus. Donc il y eut entre la période du baptême, à l’automne 28, et la mort de Jean, au printemps 29, un débat entre Jésus et les Pharisiens. Ce débat porte sur l’alliance entre le mouvement apocalyptique, dans lequel il est entré le jour de son baptême et dans le quel il a pris des responsabilités, et les Pharisiens. Si les chefs arrivent à se mettre d’accord sur les valeurs. Alors il pourra y avoir alliance avec les Pharisiens. Il reste le Temple, la classe aristocratique de Jérusalem, les Sadducéens, c’est-à-dire la famille de Jésus et, puis les scribes, qui sont les enseignants du Temple, qui ne sont pas particulièrement populaires. Il s’agit de mener une tâche de réforme du sacerdoce. Vous avez d’un coté deux ou trois mille personnes et de l’autre deux mouvances à peu près équivalentes de 30000 personnes.

Jésus doit prendre des fonctions qui sont politiques et donc adopter une stratégie politique. Il y a, à ce moment, deux paroles qui sont la mémoire de cet évènement qui sont celle de l’homme fort et du péché impardonnable, « le péché contre l’Esprit », qui nous sont transmises, privées de tout contexte et dans Matthieu et dans Marc et au milieu de Luc, qui prennent sens dans cette période de la vie de Jésus. Vous avez une parole qui est contre Hérode – l’homme fort. Pour vaincre Hérode il faut le ligoter et à ce moment on pourra prendre ses affaires, c’est-à-dire le pouvoir qu’il incarne. Il faut donc une alliance pour vaincre Hérode et son suppôt, c’est-à-dire le Temple. Ce dernier est en effet nommé par Hérode. La parole sur le péché impardonnable, celle-là est contre le Grand Prêtre. On leur a enlevé leur signification politique car le christianisme a pris une autre orientation. Après l’accord entre les mouvements il y aurait eu accord avec les Romains, les victimes auraient été Hérode et son Grand Prêtre. Au terme du débat les Pharisiens disent non, ce qui compte, pour nous, c’est le sabbat, ce n’est pas le Messie.

Dans l’épisode suivante de la guérison de l’homme à la main sèche Jésus va chez les Pharisiens montrer la supériorité du Messie, puisqu’il guérit le jour du sabbat. Et la réaction terrifiante, c’est que les Pharisiens vont conclure une alliance avec les Hérodiens. Ce petit détail vient étayer le basculement du parcours de Jésus. Maintenant Jésus va être dans un parcours théologique. A la Pâque 29 tout est joué. La mort de Jean, qui apparaît comme une crapulerie d’Hérode, est la conséquence de l’alliance entre les Hérodiens et des Pharisiens qui est conclue le jour du sabbat de la semaine des pains sans levain. Jésus n’aura plus désormais de soutien du coté des Pharisiens qui représentent la moitié de l’influence populaire. On est dans une dramaturgie qu’on ne trouve pas dans le livre de Meier, parce que notre tradition de lecture ne s’autorise pas à suspecter, même chez ceux qui ont une parole tout à fait libre, qu’il puisse y avoir un deuxième sens qui aurait une portée politique . Ce débat est très important, car il porte sur la période de l’automne 28 au printemps 29. Est-ce qu’on va réussir à conclure une alliance avec les Pharisiens ?

Ce projet a été repris 30 ans plus tard avec Jacques. Il y a une crise du sacerdoce et les Pharisiens viennent le trouver et lui disent : « Nous voulons que tu sois Grand Prêtre ». il y mettent une condition, c’est que « tu arrêtes tes salades avec Jésus ». Jacques, trente ans après, se pose en porte parole de quelqu’un qui est mort trente ans plus tôt, cela fait morbide. Il ne faut pas cultiver le souvenir de quelqu’un qui n’a pas autorité sur les Pharisiens. « Tu deviens Grand Prêtre à condition que ce soit comme successeur de Jésus et non pas son porte parole ».Le discours de Jacques sur le pinacle du Temple est de dire : « Jésus est vivant, il est assis à la droite de la grande puissance ». Et Jacques sera assassiné. Les tentatives d’alliance, d’unité du peuple juif achoppent. Les Chrétiens ont choisi une voie qui est incompatible avec l’enseignement des Pharisiens. Il y aura deux judaïsmes. Les chefs disparaissent après 70 et le judaïsme éclate en deux branches, la branche pharisienne, qui va donner le Talmud, le judaïsme médiéval, le judaïsme moderne, puis la branche chrétienne, pour une large part. Il y a aussi des branches marginales, qui sont la Gnose et les Ebionites qui ne sont pas complètement mortes aujourd’hui.

2 - Echange avec Jean-René :

21 – La présence de Jean le Baptiste qui semble problème aux évangélistes : Notamment à Jean. Jean le Baptiste fait scandale, car, fils unique d’un prêtre, il refuse de l’être et s’enfuit dans le désert.

Réponse : Il y deux problèmes. D’abord ce qu’il fait avec le baptême. C’est un prêtre qui est en rupture avec la classe sacerdotale. Il fait exactement ce que font les prêtres de la classe sacerdotale, mais pas pour l’argent, mais gratuitement. C’est la rémission des péchés. Ce que Jésus va reproduire avec le paralytique, c’est le geste provocateur de Jean, c’est-à-dire pardonner les péchés, qui est l’apanage du Temple. Rappelons que le Temple est le lieu d’une immense boucherie. Les agneaux qu’on égorge juste avant la Pâque, cela représente des monceaux de sang sur le parvis du Temple. 200 ou 300 000 agneaux « étaient égorgés en deux heures. En Tunisie, au moment de l’Aïd, il n’y a pas de concentration dans l’espace des exécutions. On voyait se balader des enfants avec des agneaux, pour le faire paître en attendant le moment de l’égorger. Partout on voyait ce spectacle. A Jérusalem c’était concentré dans le même lieu. Cette ville qui hébergeait 50 000 habitants, en avait 500 000 au moment de la Pâque, donc 400 à 450 000 pèlerins et tout le monde venait égorger son mouton. Même si c’était 20 à 30 000 moutons.

C’était une quantité importante de sang qui se déversait dans le Temple. L’offrande était la contrepartie du pardon. Jean-Baptiste instaure un pardon gratuit. Il y a quelque chose d’extrêmement violent. Il n’y a pas seulement le baptême qui est offert aux femmes. C’est Paul qui va reprendre cette idée alors qu’elles n’avaient pas accès à la circoncision.

La deuxième chose très importante, c’est de savoir si Jean-Baptiste, si certains lui restent fidèles après, va devenir concurrent de Jésus. Dans les films sur l’origine du christianisme, on a entendu beaucoup de choses auxquelles l’orateur n’avait pas du tout pensé. Jean a été vécu a posteriori comme concurrent. Il y a un mouvement de Jean qui continue, qui semble contestataire du mouvement de Jésus. On ne voit pas généralement une continuité entre Jean et Jésus. D’autant que d’après la Christologie de Paul, Jésus ne peut pas être qu’un commencement, mais pas un continuateur.

Donc l’idée qui est donnée de continuation de Jean à Jésus est une idée qui suppose qu’avant la christologie de Paul, il s’est passé quelque chose de beaucoup plus ordinaire. Donc Jean est gênant pour les générations qui suivent et en même temps provocateur car il pratique gratuitement un rite que les autres se font payer grassement. Jean n’a pas de frais de structure !

Pour C. Amphoux il n’y a pas de concurrence. Il y aura concurrence à partir du moment où la christologie sera en place. Alors la christologie fait que certains parmi les chrétiens, comme Apollos à la fin d’Actes 18 (vers. 25) ne reconnaissaient que le baptême de Jean. Le baptême de Jean va représenter en quelque sorte le vieux christianisme.

22 – Le baptême est plutôt embarrassant. Comment peut-on pardonner à quelqu’un qui est sans péché. Quel sens à donner au baptême de Jésus par Jean. Meier a deux propositions : C’est une expérience personnelle intime dont personne ne s’est rendu compte, à part Jésus lui-même. Deuxième hypothèse : la théophanie , telle qu’elle est décrite dans les synoptiques, qui, pour lui, est une composition chrétienne faite après coup.

Le sens qui est proposé n’est pas proposé dans l’exégèse, mais n’est pas contradictoire. C’est plutôt complémentaire. Dieu se manifeste de deux façons. Il rend, visible quelque chose et rend audible une parole. Il y a une double théophanie. Mais effectivement l’idée que la colombe renvoie au mot Ionah etc, c’est quelque chose qu’on ne trouve pas. Le nom lui-même de Jean (Ioan) est une troisième forme de combinaison des même lettres qui sont disposées différemment.

Donc c’est Jean qui va donner l’investiture venant de Dieu, par le signe du baptême et Dieu manifeste son accord par une colombe.

23 – D’après Meier le baptême est le signe extérieur du changement de statut de Jésus. Il fait l’opposition entre une explication apocalyptique. Il préfère le terme d’eschatologie. Il va y avoir un nouveau rite.

Quelle est la fonction nouvelle de Jésus ? Il n’est pas question de sacerdoce. C’est une interprétation nouvelle et non pas une idée reçue. J’ai trouvé cette idée dans le commentaire qu’a fait une Père de l’Eglise Syriaque Ephrem. A propos du baptême il parle de la mise en place du sacerdoce de Jésus. Parmi les écrits apocryphes chrétiens il y en a qui discutent sur l’idée de savoir si Jésus peut faire partie des prêtres au Temple. C’est une question qui s’est posée plutôt dans les églises orientales plutôt que dans les églises occidentales où assez rapidement on a mis en place l’idée du Christ Roi ?

Meier développe l’idée que toutes les paroles et les miracles sont, dans son livre, placés sous le signe de la royauté de Jésus. C’est le sens que prend cette énorme exégèse, qui fait plus de mille pages. Il y a certainement une lecture évènementielle qui est à faire des épisodes de Jésus. Derrière le lépreux, qui est juste derrière le baptême et l’appel des premiers disciples, Qu’est-ce que c’est que ce lépreux à qui on dit : « va te montrer aux prêtres » . La lèpre occupe les deux chapitres qui sont le centre littéraire de Lévitique, qui est le point central de la Torah. Le Lévitique est le livre de la loi de sainteté appliqué aux prêtres et le peuple est invité à suivre cette loi. C’est au milieu des deux livres qui racontent l’histoire de Moïse, l’exode et les nombres. Ces deux livres sont eux-mêmes entourés de la Genèse et celui de la répétition de la Loi, le Deutéronome.

La lèpre est au centre de la structure même de la Torah. Il y a des questions qui sont délicates. C’est quelque chose qui manque dans le livre de Meier, c’est qu’après le baptême on ne trouve pas chez lui d’évènements nouveaux. C. Amphoux pense qu’avec la transfiguration on a un évènement très important, qui a lieu l’année suivante.

24 – Jésus est-il pécheur ? Il avait, au moment du baptême, un grand péché à se faire pardonner car il avait rencontré Marie Madeleine. Mais nous ne sommes pas dans le Da Vinci Code. Il n’est pas question de Marie Madeleine avant le baptême. Est-ce que Jésus avait des péchés .

On n’est pas sur ce sujet, dans un processus historique, mais dans un processus dogmatique. Les Dieux pèchent dans le monde grec, non dans le monde juif. Si Jésus est Dieu il est sans péché. En tant qu’homme il peut pécher, en tant que Dieu, il ne pèche pas. On est donc devant une équation extrêmement difficile.

Meier s’en sort en disant que Jésus appartient à un peuple de pécheurs, sans l’être forcément lui-même, et que le baptême est un appel à la miséricorde de Dieu et ce n’est pas pour ses propres péchés.

25 – Question sur les Dieux bons (Eon) et les démiurges évoqués par Nathalie Bosson à Sommières.
La gnose n’est pas tout à fait dans la théologie de l’ancien testament. Il y a un syncrétisme avec la religion grecque. Satan est représenté comme un ange déchu. Jésus se place dans un système monothéiste, dans le quel il est pleinement Dieu. On est devant des questions (le péché) qui relèvent de la religion et non pas de l’histoire.

26 – Jésus était-il disciple de Jean ? Cela a l’air de poser un énorme problème. L’idée même de chercher une continuité entre Jean et Jésus fait problème pour l’émergence du christianisme, comme un phénomène nouveau. Paul ne fait pas cette hypothèse là. Il ne considère pas Jésus comme le continuateur de quelqu’un d’autre, mais comme un phénomène radicalement nouveau depuis la création du monde. La continuité entre Jean Jésus signifie qu’on est dans une christologie réduite, une lecture prophétique, messianique, sacerdotale. On n’est pas dans la christologie que développe Paul, qui va faire de Jésus quelque chose d’unique. C’est le deuxième problème que pose Jean, après celui d’accorder le pardon des péchés gratuitement dans un monde qui le fait payer très cher. Jean représente une gène pour l’essor d’un christianisme qui se dit né de Jésus exclusivement.

Aujourd’hui on a tendance à se poser la question de savoir si le fondateur du christianisme c’est Jésus ou Paul. Alors que dans l’explication donnée par C. Amphoux, Jésus est le continuateur de Jean, c’est à dire que le ministère de Jésus est complètement ancré dans le judaïsme de son temps. Contrairement à ce que dit Meier, qui considère que Jésus est un juif marginal, c’est-à-dire qu’il ne touche jamais au centre de la religion, il fait partie du centre des institutions .

27 – Pour Meier Jésus est un disciple de Jean. Deux preuves. Il prend ses premiers disciples parmi les disciples de Jean. Il les « débauche ». A-t-il continué lui-même à baptiser. Le problème posé par Meier est : « Quand est-ce que Jésus arrête de baptiser et a-t-il arrêté de baptiser ? » Quand va-t-il quitter Jean pour être Jésus ?

Justement l’évènement de la Pâque 29 signifie que Jésus n’a plus la stratégie de gagner le peuple avec une alliance avec les Pharisiens, mais une autre stratégie qui sera le chemin du martyr. A ce moment le baptême n’a plus de sens. Le baptême va être récupéré après la mort de Jésus et sa résurrection, par l’église qui en fait un rite d’entrée dans la communauté.
Jean en faisait un rite d’adhésion à son projet de réforme du sacerdoce et il n’y a pas de trace de baptême pratiqué par Jésus et par ses disciples entre l’épisode des épis froissés et la crucifixion. Autrefois ce changement pouvait se situer à la mort de Jean, mais c’est au moment de l’échec de l’alliance avec les Pharisiens.

Jésus n’a plus une direction politique. Il va jusqu’à un acte provocateur devant l’autorité, le chemin du martyr. L’autorité aura à se déterminer devant cette légitimité, reconnue par la foule comme telle, mais une partie seulement. On ne peut pas faire n’importe quoi avec les « masses populaires ». Sinon cela peut coûter plus cher que cela ne rapporte.

28 – Expérience au Mexique, au Chiapas, d’une cérémonie au cours de laquelle on priait Jean-Baptiste.

C’est probablement une rencontre entre un Dieu préchrétien, ethnique. Les Jésuites l’ont identifié à un personnage du nouveau testament. En Bretagne c’est ce qui s’est passé. Il y avait originellement des héros. Tous ces héros Celtes ont été canonisés. C’est ce que le protestantisme n’aime pas faire.

29 – Les péchés de Dieu, le Dieu vengeur ? L’homme n’a pas à se préoccuper de ce problème. Qu’il s’occupe des siens.

La prochaine fois on traitera de la période allant de la transfiguration à la passion. L’évènement important c’est la fête des tentes de l’an 29, fête des tentes chez Jean, transfiguration dans les Synoptiques, c’est le même évènement.

4 - LE 19 AVRIL 2007 – LE MINISTERE TERRESTRE

(DE LA TRANSFIGURATION A LA PASSION)

La dernière fois l’orateur avait annoncé qu’on traiterait de la période allant de la transfiguration à la passion. L’évènement important c’est la fête des tentes de l’an 29, fête des tentes chez Jean, transfiguration dans les Synoptiques, c’est le même évènement.

Savez vous à quoi correspond la fête des tentes ? C’est à l’automne. Cela s’appelle « soukkot » , qui correspond traditionnellement avec l’équinoxe d’automne. Mais cela ne tombe pas tous les ans le 23 septembre, le calendrier juif étant un peu différent du nôtre. C’est une fête qui se ballade entre fin septembre et début octobre. L’an dernier elle tombait exactement le 1° octobre. Jésus monte à Jérusalem tout seul et il y retrouve ses frères. Que va-t-il raconter une fois à Jérusalem : « Je suis la lumière du monde ». On a deux mots à retenir pour entrer dans la manière dont ces textes sont écrits, c’est « fête des tentes » et « Je suis la lumière du monde ». Il y a un épisode des évangiles synoptiques où vous retrouvez ces deux éléments, c’est la transfiguration. Jésus apparaît sur la montagne lumineux et les disciples, car ce ne sont pas ses frères, posent la question : « devons nous préparer les tentes ? ». On peut entendre beaucoup de choses dans cette proposition des tentes. Cela peut être simplement l’agapé, l’accueil. On accueille en donnant du pain, ou bien on accueille en préparant un coucher dans les tentes. Cela peut être quelque chose d’un petit peu plus critique. Cela peut être aussi une occasion de se mettre la divinité dans la poche. Donc il y a peut être une allusion au cléricalisme. Celui qui veut contrôler la divinité. Vous avez le mot tente et le mot lumière qui apparaissent dans cet épisode.

Or structurellement la transfiguration occupe exactement le centre de chacun des trois évangiles synoptiques. La place correspond exactement à la fête des tentes dans Jean, qui occupe le centre de l’Evangile de Jean, selon des règles de proportion un peu compliquées que j’ai déjà évoquées. Les proportions résultent d’un calcul qui mesure le nombre d’épisodes qu’il y a avant et après. Bref ce sont des points centraux. Or dans la Transfiguration, Jésus est avec Pierre (Simon Pierre), Jacques et Jean. Ce sont les prénoms que l’on trouve parmi ses frères. La question que je me pose : « Comment se fait-il que le même épisode soit évoqué de manière si différente, que dans les deux cas on ait Pierre, Jacques et Jean ? ». Dans un cas ils ne sont pas nommés, dans l’autre ils le sont. Dans un cas ce sont ses frères, dans l’autre ce sont ses disciples. Qui est le premier, qui a transformé la réalité ? Qui a utilisé une tradition qui transforme la réalité ? Quelle est l’intention ? C’est toute la question qui se pose à l’Historien.

Ma conclusion actuelle est de dire que Jésus est monté à Jérusalem avec ses frères et que, par la suite, pour des raisons que je ne comprends pas encore bien, dans les évangiles synoptiques c’est devenu ses disciples. Peut-être qu’ils étaient à la fois ses frères et ses disciples. Dans Jean on ne dit pas que n’était ses disciples, mais ses frères.

Alors je vais vous dire ce qui m’a fait pencher d’un coté plutôt du coté de ses frères plutôt que du coté de ses disciples. C’est que nous avons dans le nouveau testament une lettre qui n’est sûrement pas de Simon Pierre, mais d’un auteur qui s’appelle Simon et il dit qu’il a assisté à la transfiguration. C’est l’auteur de la deuxième épître de Pierre. La première épître se rattache d’une manière ou d’une autre à l’apôtre Pierre. Moi je crois qu’il a inspiré la rédaction de ce texte, au moins en partie. D’autres pensent qu’elle est un peu postérieure, mais chacun pense qu’elle correspond à la personnalité de Pierre. Il y a beaucoup d’éléments qui se rapportent à la personnalité de Pierre à un moment où il est en accord avec Paul.

La deuxième épître de Pierre est très bizarre dans le Nouveau Testament. Vous pourrez lire aussi l’épître de Jude et vous verrez que ces deux épîtres, assez bizarres, n’ont pas la théologie du Nouveau Testament. Elles n’ont pas du tout l’idée que Jésus vient changer quelque chose. Elles ont plutôt l’idée que cela doit continuer comme c’est, Jésus étant là pour accélérer le mouvement, mais pas pour changer la direction. Celui qui serait plutôt mal vu là dedans, ce serait un réformateur comme Paul. C’est un peu atténué dans la rédaction que nous avons évidemment, mais on sent que le cadre de référence est différent.

A un moment on parle de Jésus qui a aidé le peuple juif à traverser la mer rouge. On se dit que cela se passait bien avant, c’est-à-dire que Jésus est assimilé à Dieu. Donc on est devant un langage qui n’est pas celui du Nouveau Testament. Je ne pense pas que ces deux épîtres soient l’œuvre d’un frère de Jésus. Les frères de Jésus n’ont jamais été sur la même longueur d’onde que les disciples. Ils défendaient des valeurs avec la légitimité du fait d’avoir un frère. Ils défendaient des valeurs qui étaient un peu différentes de celles qui petit à petit sont devenues les valeurs du courant majoritaire, forma par les apôtres et infléchi par Paul.

Donc si Simon, le frère de Jésus, fait allusion à la transfiguration, peut-être que l’épître n’est pas de lui, mais qu’on peut la lui prêter, cela veut dire quand même que ce qui s’est passé sur la montagne, c’était avec les frères de Jésus et non pas avec ses disciples ou, du moins pas avec ses disciples qui ne seraient pas ses frères. Donc cet évènement se passe à l’équinoxe de l’automne de l’an 29. Jésus a commencé à prêcher, mais jusqu’à présent il a gardé son message pour lui.

Rappelez vous ce que nous avons dit la dernière fois, Jésus est sur l’aboutissement d’un échec politique à la Pâque 29. Il avait voulu ou il avait l’espoir de s’entendre avec les Pharisiens donc avec ceux avec qui son mouvement, la mouvance apocalyptique, partage l’influence sur le peuple, les Sadducéens et le Temple n’ayant pas eux-mêmes une grande influence, sauf quand il font eux-mêmes un peu d’agitation. Il y a toujours des gens qui réagissent du coté du pouvoir en place. C’est ce que nous voyons à la Télévision quand on voit des dictateurs dans le monde faire de grandes démonstrations de force, en mettant tout le monde dans la rue. Cela existait à Jérusalem, mais en dehors de cela, en dehors des manifestations de soutien il n’y a pas une forte population qui soit du coté du Temple ou du coté des Sadducéens. Je vous rappelle que c’est une caste aristocratique, donc plutôt mal vécue par le peuple. Le temple tient à peu de choses. Il est entre les mains d’Hérode.

Donc les deux courants qui influencent le peuple, ce sont les Pharisiens et la mouvance apocalyptique. Le calcul est simple : si les deux courants s’unissent, on met en place les conditions d’une réforme du Temple. Cet effort échoue sur un débat entre la Loi et le Messie. Si c’est la Loi on est dans la mouvance des Pharisiens. Si c’est le Messie, on est dans la mouvance apocalyptique. Les dirigeants des deux mouvements ne se mettent pas d’accord. On arrive sur un échec politique. Je vous avais, la dernière fois, donné deux paroles qui marquent cet échec politique. C’est la parole sut l’homme fort et le péché contre l’esprit. L’homme fort c’est Hérode. Prendre la maison d’Hérode demande de la stratégie. Jésus dit : « On ne prend pas la maison d’Hérode. En entrant dans la maison d’Hérode, il fut d’abord le lier ». Les liens peuvent être moraux, c’est-à-dire créer des liens avec lui, autour de lui, le neutraliser. Alors on peut prendre la maison. Il y a derrière cette parole de sagesse, au départ, une expérience de stratégie politique, d’espérance d’aboutissement d’une stratégie politique.

Contre le Saint-Esprit c’est la position du Grand Prêtre, vu comme un usurpateur, lui qui sait qu’il est un usurpateur et donc son péché ne lui sera pas pardonné. C’est cela pécher contre l’Esprit.

Donc on est au printemps de l’an 29. A l’automne 29, nous avons quelques textes, pas beaucoup, pour marquer cette période. Jésus se révèle comme étant la lumière du monde. Aux disciples il apparaît lumineux. C’est quoi la lumière ? Tout le monde sait ce que cela veut dire : Jésus lumière du monde. Dans le prologue de Jean on nous dit ce que c’est la lumière, c’est la parole. Justement on nous dit que la parole est incréée. Elle existe au départ puisque c’est elle qui va créer. Jésus est à la fois lumière, parole, créateur…

Autrement dit il ne part pas seulement dans la métaphore pour l’édification du peuple. Il part, au lieu de l’historien, dans sa déclaration de sa fonction de Grand Prêtre légitime aux yeux de ceux qui sont venus en pèlerinage à la fête des tentes. On est donc dans une situation où le temple est occupé par quelqu’un, mais le grand prêtre légitime est celui qui prêche à coté du temple, en dehors du temple. On est donc dans une situation de contestation de l’autorité en place, de crise de légitimité du temple, non pas de crise nouvelle, mais de crise nouvellement officialisée, au moins rendue publique.

C’est donc dans ce contexte là que Jésus va amorcer un enseignement, qu’il fait à visage découvert. Dans les évangiles la solution qu’ont trouvée les Evangélistes pour le dire – ils ont réussi un tour de force extraordinaire – a consisté à dire ce qui a été vécue par jésus pendant les quelques mois de son ministère. Ils le disent par trois centres secondaires, un sur les disciples, un sur les enfants et un sur les riches, disons ses adversaires.

Donc Jésus divise le public en trois. Ce sera la même chose dans ses paroles. Il y a les disciples qui ont droit à certaines paroles. Il y a la foule représentée par les enfants. Il y a les adversaires représentés par les riches ou par l’aveugle. On verra pourquoi l’aveugle. Et puis dans Jean les deux derniers sont inversés. Les enfants cela s’applique aux adversaires. Jésus leur dit : « Vous n’êtes pas les enfants d’Abraham, mais les enfants du diable ». Ce n’est peut-être pas très habile de parler comme cela à ses adversaires, surtout quand ils ont le pouvoir de vous faire mourir. Jésus maintenant diminue. II ne parle plus par stratégie. Il parle publiquement. Il dit les choses telles qu’elles sont. Il en prend le langage prophétique. Il faudrait comparer la diatribe de Jésus dans Jean 8 sur les enfants du diable avec le style des Prophètes. Je crois que c’est tout à fait apparenté. L’aveugle né qui va être guéri. Il représente la foule. C’est un anonyme, c’est un inconnu. Jésus le guérit et tout de suite il lui demande de faire des choses compliquées. Tout de suite il accepte de faire ce que lui dit Jésus et il guérit. Les autres, au lieu de se réjouir, mangent leur colère de voir que Jésus réussit des choses et ils viennent lui poser la question : « Mais finalement pourquoi est ce qu’il était aveugle ? Est-ce que c’est lui qui avait péché quand il était enfant ou bien, puisqu’il est né aveugle, c’est ses parents qui avaient péché ? D’où vient l’infirmité ? » Evidemment si les pharisiens avaient été à l’école de Boudha ils ne poseraient pas la question. Parce que Boudha dit qu’il n’y a pas de solution à cette question. D’où vient la maladie, d’où vient la souffrance, d’où vient la mort, d’où vient la vieillesse ? Ce sont des questions fondamentales qu’on se pose au temps de Jésus comme aujourd’hui. Et Jésus répond en rejetant toutes les explications simplistes de la maladie et en parlant de la maladie non pas comme une origine, mais en fonction d’un projet.

Il faut bien qu’il y ait des malades pour qu’il y ait la résurrection, pour qu’il y ait des guérisons. La maladie est au contraire vue pour et non pas à cause de et, dans les Synoptiques, l’image de l’aveugle et l’image des enfants vont être retournées. A mon avis l’usage est là plus convaincant. Je pense que l’Evangéliste qui a écrit cette partie de l’évangile de jean faisait œuvre première et qu’une mise au point plus satisfaisante a été faite dans les Synoptiques.

Les enfants représentent la foule, pourquoi ? Parce que la foule n’a pas accès à l’école. Aujourd’hui beaucoup de gens voudraient avoir le droit de ne pas aller à l’école. S’ils savaient combien de générations ont désiré aller à l’école sans pouvoir y aller. Là les enfants représentent la foule, parce que la foule vient spontanément à Jésus. Elle vient par élan vers Jésus et non pas par calcul. Et les enfants aussi. Les enfants sont attirés par Jésus. Ce qui va gêner le développement du christianisme au second siècle, c’est les philosophes qui voient les prédicateurs attirer les gens par leurs paroles et ils trouvent cela tout à fait malsain. Ne critiquez pas les philosophes qui trouvent cela malsain, car nous trouvons malsain quand, dans d’autres églises que les nôtres cela se fait. J’ai entendu et ai prononcé des critiques sévères contre des gens comme Billy Graham.
Peut-être qu’il faut avoir un peu plus de recul en disant que des gens n’auraient pas connu Jésus Christ, s’il n’y avait pas eu Billy Graham, même si on ne partage pas forcément sa manière de la dire. De même avec les tes télévangélistes des Etats-Unis, tous ces gens qui font un fric fou en vendant du Jésus Christ par la télévision, cela ne vous plait pas. Ce ne sont pas nos habitudes. Mais il y a peut-être d’autres aspects à voir.

Nous sommes ici un peu devant cette situation. Les enfants vont vers Jésus, comme la foule va vers Jésus et Jésus traite la foule, c’est-à-dire les enfants, d’une manière stupéfiante en disant : « C’est là le modèle pour entrer dans le royaume des cieux » C’est un des sommets de la prédication de Jésus, C’est que Jésus ne s’adresse pas aux sages et aux intelligents et demande aux sages et aux intelligents de faire abstraction de leur sagesse et de leur intelligence. On sait tout cela. Mais on sait combien c’est difficile à faire. On n’a pas envie de redevenir des enfants. Donc il y a une image très forte de l’enfant/foule dans les Synoptiques A coté vous avez le Riche qui demande à Jésus comment il faut faire pour avoir accès au Père. Jésus lui dit : « Il faut devenir pauvre. Vas, vends tout ce que tu as et donnes le aux pauvres, puis viens et suis moi. Et l’Evangéliste conclut : « Le jeune Homme s’en alla tout triste car il avait de grands biens ». On connaît tous cette histoire, mais replacée dans son contexte, vous avez un deuxième enseignement pour dire : « Plus vous avez de connaissance, plus vous avez de richesse, plus vous avez d’obstacle pour devenir roi ». Là vous voyez quand on travaille sur les évangiles tous les jours il faut se rappeler cela. Ce n’est certainement pas en faisant le travail que je fais que j’ai l’impression de me rapprocher du royaume.

Je sais bien que j’accumule des obstacles, mais je dis quand même que cela vaut la peine d’être fait. Donc ce qu’on appelle la connaissance sur le plan scientifique, chez nous, n’a rien à voir avec la connaissance qui caractérise la gnose, qui est une connaissance salutaire. Les scientifiques en général le savent, mais quelque fois on imagine que ces gens là sont plus près de la vérité car ce sont de grands savants. Détrompez vous, ils ne sont pas plus près de la vérité. Ils pont plus d’obstacles à franchir. Ils ont plus de difficultés ensuite.

Je reviens à mes deux personnages, la foule et les riches. Juste après le jeune homme riche vous avez la guérison de l’aveugle. Je l’ai entendu présenter par Jean Alexandre quand il est venu dans la région. Dans sa description de la scène il a redit un détail qui est essentiel. C’est que l’aveugle, pour aller vers Jésus, rejette son manteau. C’est un détail très important. Tout le monde n’a pas un manteau, même quand il fait froid. Ceux qui ont des manteaux sont des nantis. Donc dès la présentation de ce détail que l’aveugle n’est pas l’image que nous avons dans la tête. C’est au contraire quelqu’un qui a une richesse, qui est due à son infirmité. Comme il ne voit pas on lui donne des sous et avec des sous il a déjà pu s’acheter un manteau. Et Jésus lui pose la question : « Que veux tu que je fasse ? ». Autrement dit c’est : « Veux-tu que je te donne des sous ou que je te guérisse de ton infirmité ? », c’est-à-dire perdre le moyen que tu as de gagner de l’argent. Perdre tes ressources, prendre le risque d’y voir. Et ce riche là, cet aveugle choisit tout de suite d’y voir. Il n’hésite pas. Donc il représente les adversaires de Jésus. Mais ses adversaires ce sont les gens qui sont ailleurs, qui ne voient pas la réalité en face.

Donc on voit très bien comment est placée la métaphore. On est devant des gens qui ont les moyens de dire à Jésus : « Mais regardes, je suis aveugle. Tu n’as pas pitié de moi, alors payes moi et surtout laisses moi mon infirmité qui me fait gagner de l’argent ». On ne sait pas ce qu’est devenu l’aveugle après. Peut-être que cela n’a pas été facile pour lui. Parce que c’est une chose de retrouver la vue, c’en est une autre d’avoir un métier. Il n’a jamais appris autre chose que de mendier. Donc vu comme un riche on est vraiment dans le texte évangélique, car il est associé aux adversaires de Jésus et au jeune homme riche et à cette comparaison bouleversante et extravagante - cela dépend comment on le voit - de Jésus qui dit : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ».
Si j’étais actionnaire d’une grande compagnie et que j’entende cela à une prédication je prendrai des actions pour qu’il n’y ait plus aucune chance. Je ne sais pas si vous avez essayé de faire passer un chameau par le trou d’une aiguille, mais c’était un jour où vous aviez trop bu. Il y a assez peu de chances pour que cela se réalise. Alors la métaphore s’explique mais je passe, parce que ce n’est pas l’essentiel de ce que je voulais vous dire.

On est devant cet enseignement qu’il y a des gens qui sont nantis et qui ne s’en servent pas pour aller vers le salut et des gens qui sont privés de toute connaissance et qui eux ont un cœur qui les porte tout seul. On est devant ce paradoxe et on se dit spontanément : « au fond, on est un peu comme les disciples, c’est-à-dire que nous avons des avantages des deux cotés ». D’une part nous avons des connaissances, d’autre part nous marchons vers le salut. Donc nous sommes du bon coté. Nous avons les avantages de la foule et les avantages des adversaires. Alors Jésus réserve un troisième message pour nous, pour ses disciples. Il y a peut-être quelques touristes parmi vous et vous faites partie des adversaires et de la foule. Mais je pense que la plupart d’entre vous faites partie des disciples. Jésus nous dit : « faites comme moi, portez votre croix. » Jésus ne délivre surtout pas un message qui va dans le sens de favoriser les disciples.

Les disciples ne sont pas là. Dans le multiplication des pains, déjà il y a un signe. Il leur donne la pain, mais pas pour qu’il le mange. Eux ils ont à manger la semence, dans l’épisode des épis arrachés. Ils n’ont pas la pain pour eux mais la pain c’est pour la foule. Le pain c’est l’image de la prédication. Eux ils reçoivent de quoi prêcher, de quoi faire le pain. Donc on s’aperçoit que le rôle des disciples est encore plus difficile que celui de la foule et que celui des adversaires. Dans le contexte de cette époque on peut dire que Jésus va apprendre aux disciples à perdre la préséance. La préséance c’est la bonne place pour entre dans le royaume. Et si on regarde l’histoire du clergé, je ne parle pas du haut clergé, mais du prêtre et du pasteur de paroisse, dont on ne peut pas dire que ce sont des gens qui sont en avant dans la société. Ce sont des gens qui, quelque part, dans la condition qu’ils vivent, vivent cette parole destinée aux disciples « portez votre croix ».

Peut-être qu’il y a des moments qui sont agréables, mais je ne pense pas que porter sa croix soit agréable dans la vie des pasteurs et des prêtres. Mais je pense qu’il y a une manière de renverser ce que l’on appelle le paradoxe de l’évangile, une manière de renverser l’attente. Il fait toujours revenir sur soi-même, qui entraîne le mouvement de conversion, qui signifie changer complètement son esprit. Donc c’est cela l’enseignement de Jésus, pendant l’automne et l’hiver 29-30. C’est tout ce que nous avons comme trace de son enseignement. Mais ce sont trois enseignements très forts, chacun ayant un but précis et on voit que si le royaume se profile comme un lieu agréable, le chemin pour y aller n’étant pas un chemin agréable. Donc Jésus prépare peut-être petit à petit les gens au destin qu’il a choisi d’assumer, si ses adversaires vont jusqu’au bout. Ce n’est pas un suicide qui va s’accomplir, mais c’est un chemin du martyr, au sens du risque de la mort et non pas du choix de la mort. Je précise que le mot martyr a pris une connotation depuis que tant d’enfants musulmans, manipulés par des mouvements fanatiques, vont à leur propre mort, par choix personnel, si tant est que ce soit un choix personnel. Ils y vont volontairement. Le suicide du kamikaze et le chemin du martyr du chrétien ne sont pas les mêmes.

Rappelez vous que pendant au moins un siècle et demi les premiers chefs de communauté sont toujours morts martyrs. Ils sont morts martyrs, non pas parce qu’ils choisissaient de mourir martyrs, mais parce que quand on opprimait une communauté, on commençait par le chef. Le martyr des chefs de communauté qui est annoncé dans les évangiles « que chacun porte sa croix » est un risque, ce n’est pas un choix. L’adversaire n’est pas obligé d’aller jusqu’au bout. Il peut menacer et changer d’avis. Tandis que le jeune qui se fait exploser dans un groupe, il n’a qu’une solution possible. C’est comme quand vous jetez quelque chose par la fenêtre et vous dites : « tombez ». L’objet n’a pas le choix. Le jeune n’a pas le choix, c’est le choix de la mort, non pas le risque de la mort.

Voilà où nous mène l’enseignement de Jésus dans cet hiver 29-30. Or on arrive au printemps. Le jour du printemps, on pourrait assimiler le jour des Rameaux au jour du printemps, puisque la Pâque est un petit peu après l’équinoxe de printemps. Ce jour là, je vous l’ai dit la dernière fois, Jésus change de stratégie. Il monte sur un âne pour entrer dans Jérusalem. Il va signifier deux choses à la fois. Ces deux choses sont moins intéressantes que le fait que le sens de ces deux choses passe. Nous sommes dans une société où on parle par images. Montant sur un âne, la foule entend Zacharie (9,9): «Voici, ton roi sur un âne.. ». Mais Jésus a fait depuis longtemps comprendre aux dirigeants du judaïsme que son but n’est pas les palais, mais la réforme du temple. On est dans le premier sens, le sens qui est communiqué à la foule. Pourquoi ? Parce que la foule, il s’agit de la galvaniser. Il s’agit de lui confirmer que dans sa reconnaissance du Messie légitime, elle ne s’est pas trompée. Elle est galvanisée car le signe que prend Jésus, c’est le signe qu’elle interprète comme l’entrée du roi messianique dans Jérusalem, annoncé par le prophète Zacharie.

Mais il y a un deuxième texte, plus important, parce qu’il est dans la Torah, dans le Genèse, que la foule ne connaît pas ou qu’elle connaît mal, car je ne sais pas la lecture que l’on faisait à ce moment là de la Torah. Mais c’est un texte secondaire que vous ne connaissez peut-être pas. En tout cas il ne fait pas partie de notre histoire sainte. Celui de Zacharie, oui. Cet autre texte se trouve au chapitre 49 de la Genèse. Il est question des bénédictions de Jacob à ses fils. Vous voyez que vous ne lisez pas cela tous les jours. Mais parmi vous il y a certainement quelques uns qui ont lu jusqu’au chapitre suivant inclus, c’est à dire 50 et qui ont vu ces versets, mais un peu vite. Ces versets disent : « Le sceptre ne s’éloignera pas de la main de Juda, jusqu’à ce qu’il revienne à celui auquel il appartient » Donc Juda aura le pouvoir politique, il est question du roi, mais ce pouvoir politique sera retiré le jour où viendra celui auquel il appartient vraiment, c’est-à-dire à celui qui réunit le pouvoir politique et le pouvoir religieux, le Messie.

Ce Messie est présenté comme celui à qui les nations doivent obéissance. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que c’est l’Empereur, sinon chaque nation a son roi. Mais pour que plusieurs nations aient le même chef il faut sue ce chef soit empereur. Et c’est le point sur lequel les Grands Prêtres vont accuser Jésus au tribunal. On va essayer d’abord de dire : « Il corrompt la jeunesse, il fait des choses épouvantables, il ne respecte pas le sabbat ». Tout cela passe alors. Pilate se rend compte que cela ne tient pas. Mais quand on lui dit quand on le libère : « Tu n’es pas l’ami de César ». Alors il comprend le rôle qu’il a à jouer. Il est devant les autorités qui considèrent qu’il y a une tentative de subversion contre Rome. Pourquoi il pense cela ? Simplement parce que Jésus leur a tendu une perche en montant sur un âne. En montant sur un âne il signifiait d’une part à la foule quelque chose et d’autre part, il ne signifiait pas aux Grands Prêtres qu’il devenait empereur, il leur signifiait qu’il y avait un bon moyen de l’accuser, c’était de l’accuser de subversion contre Rome. Jésus n’est pas subversif contre Rome d’aucune façon. Les Grands Prêtres le savent bien mais ils ont besoin d’un élément pour l’éliminer. Ils ont besoin d’un prétexte qui va permettre à l’armée romaine d’arrêter Jésus. Sion ils ne pouvaient pas. Il n’y a même pas trouble à l’ordre public à reprocher à Jésus. Les foules qu’il réunit, il ne les réunit pas d‘une façon tumultueuse et il ne les réunit pas dans Jérusalem. Donc Jésus lui-même met en place la stratégie qui permet de l’accuser. Nous savons, par l’astronomie, que l’année où la Pâque tombe la veille du sabbat, c’est l’année 30. Par cette indication, qui vient de l’évangile de Jean, nous savons que la Pâque où Jésus va être arrêter, jugé puis condamné à mort, c’est bien la Pâque de l’an 30.

Le ministère après la fête des tentes aura duré six mois. Et avant la fête des tentes il aura duré à peu près un an. Un peu plus, parce que s’il s’est fait baptiser en l’an 28, c’était plutôt en saison chaude. On n’a pas vu chez Jésus des tendances masochistes, à se faire baptiser pendant qu’il y avait de la neige dehors. Supposons que la période des baptêmes soit la période comprise entre le Pentecôte à la fête du Soukkot. Son ministère a duré un peu plus d’un an à la fête des tentes de l’an 29 et 6 mois de plus jusqu’ à la crucifixion.

Les points importants pour resituer Jésus dans l’histoire. On verra si on donne quelques éléments sur la lecture dans l’évangile de ce qui se passe dans les trente années qui suivent, mais beaucoup plus rapidement.

Questions et réponses : Jésus voulait le temple et le royaume ou simplement le temple ?

Je ne crois pas qu’à partir de la fête des tentes Jésus ait eu un projet politique. Il a existé dans l’hiver 28-29, mais ce projet s’arrête à la fin 29. Ce qu’il veut ce n’est pas le royaume ou le temple, c’est instaurer au temple un sacerdoce qui corresponde à l’attente. De même que les prophètes critiquaient le peuple et le roi, de même Jésus vient pour amplifier la critique du temple et pour aller dans le sens d’une transformation. Donc il ne veut pas être au temple, mais que le temple soit un temple de justice et de fidélité à Dieu. Il fait partie de ceux qui considèrent que ce n’est pas ce qui se passe au temps d’Hérode. Je vous rappelle que la principale critique au temps d’Hérode, elle ne porte pas sur un jugement moral sur le Grand Prêtre, mais sur la manière dont il est choisi. Il est choisi par une autorité humaine et non pas d’une façon dynastique. Or un choix dynastique, cela veut dire que le choix échappe à l’homme, donc c’est Dieu qui choisit. Le Grand Prêtre est considéré comme quelqu’un qui n’est pas choisi par Dieu. Jésus est choisi par Dieu à son baptême quelque soit sa naissance. Donc à partir du moment où il y a élection divine, souvent accompagnée d’une onction, mais ce n’est pas le cas dans le cas de Jésus, il y a légitimité. A ce moment là Caïphe, Anne etc… il est choisi par Hérode, avec l’accord de Pilate. Donc ce choix est un choix humain et c’est cela qui fait difficulté. Quelque soit la décision, quelque soit la sagesse du Grand Prêtre, il ne peut, pas dans ces conditions, être légitime. Donc Jésus annonce le royaume et quand on lui demande : « qu’est-ce que c’est ? » ses réponses sont très déconcertantes. En tout cas ce n’est pas le royaume de Crésus. Ce n’est pas un endroit où on aura de l’or tant que l’en voudra. C’est un endroit où il y aura une abondance qui paraît être bien plus spirituelle que matérielle. Il ne veut pas le temple comme un projet politique. Il veut la transformation du temple et, au fond, la personne qui est au temple. Ce n’est pas une question de personne mais une question de légitimité. Il faut que la personne soit choisie par Dieu. Rappelez vous que le douzième disciple, qui va remplacer Judas, est choisi par tirage au sort. Pourquoi ? Parce que si les disciples avaient voté, cela aurait été un choix humain. Revoyez dans votre bible comment sont nommés, mis en place, les gens qui parlent au nom de Dieu. Il y a toujours une élection. Saül est roi, mis en place par Dieu, mais il fait des choses qui ne plaisent pas à Dieu. Dieu mandate Samuel pour aller oindre un jeune berger qui deviendra le roi David.

Donc on est devant un élément essentiel dans l’histoire et la tradition du peuple juif. Il faut une onction, une élection, un signe, une théophanie, une manifestation de Dieu. Au baptême c’est une théophanie. Il transmet simplement. Il est là comme l’homme de Dieu. Il est là pour mettre en place quelque chose, là où les hommes ont dévalué les institutions. Il est là pour réparer les dégâts humains.

Je voudrais savoir, à la suite de ce que vous avez dit, si Jésus est dans la continuité de ses pères. Ou est-ce qu’il est plutôt dans une forme de posture, peut-être influencé justement par les prophètes gnostiques. S’il est dans la continuité comment expliquer le Nouveau testament ?

Il n’y a pas de continuité avec David C’est une des problèmes que pose le titre de fils de David. Les historiens disent : « Il n’y a pas de descendance de David au temps de Jésus » David est un personnage qui a vécu 1000 ans avant, qui a eu une descendance royale, qui a régné. Et puis sa descendance s’est éteinte. Les derniers rois ont été emmenés en exil. Au retour de l’exil on parle d’un personnage qui est de descendance royale. Puis on l’oublie complètement. Il s’appelle Zorobadel. Donc il n’y a pas de continuité humaine.

Mais il y a parmi les Sadducéens, à Jérusalem, une famille qui s’appelle la famille de David. C’est une famille qui est vécue, ressentie et reconnue comme de descendance de David. Cette famille n’est pas dans l a continuité du point de vue des lois. Elle est vécue comme ayant un lien génétique. Il n’y a que ce lien là qui existe. On est dans une autre époque. Le dernier roi des Juifs s’appelait Hérode le grand. A sa mort on n’a pas nommé ses fils rois. Au moment du ministère de Jésus, effectivement, le titre de roi des Juifs est disponible. Donc Jésus pourrait à ce moment là devenir roi des juifs, comme appartenant à une famille reconnue comme descendant de David. Elle aurait une légitimité de naissance. Mais cela pourrait concerner Joseph, Jacques ou n’importe quel frère de Jésus ou quelque apparenté, qui soit de lignée Davidique.

Ce n’était pas tout à fait le sens de ma question. Je voulais parler de la continuité, au sens de religion et non pas Davidique.

C’est effectivement un autre sujet. Il y a une continuité de Dieu, mais nous parlons d’Ancien Testament jusqu’en l’an 400/500. Donc à un moment où le temple de Jérusalem réunit en un seul Dieu Yahvé, qui est le dieu ethnique et Eloïm qui est la somme des dieux qui constituent le grand Dieu de l’univers. Les grands prêtres apprennent au peuple qu’il y a coïncidence. Le grand Dieu de l’univers a son temple ici. C’est évidemment tout à fait fort pour les gens qui l’entendent : « Vous le peuple, qui suivez cet enseignement, vous êtes le peuple élu. Vous avez obligation d’alliance avec ce Dieu. Du temps de Jésus les choses se posent très différemment parce que le judaïsme s’est lancé dans une immense opération de prosélytisme. Non pas à la demande des juifs, mais à la demande des autres. Probablement d’après quelques chercheurs juifs, ce qui a frappé dans l’empire romain c’est que les juifs avaient droit à un jour de congé par semaine. Cela a beaucoup plu aux autres. Probablement les gens se fatiguaient au travail. Du coup ils appréciaient d’avoir un jour de repos. On estime que du temps de Jésus il y avait 5 millions de personnes qui sont juives dans l’empire romain, mais non pas descendants d’Abraham, encore moins descendants de Jacob. 50000 seulement font partie du peuple juif. Tous les autres se sont rattachés à cette religion. On n’est plus dans une structure ethnique, la nature ethnique du temple de Jérusalem, il y a longtemps qu’on a perdu cela de vue. Ce n’est plus du tout cela qui compte.

Les Philosophes grecs ont, depuis plusieurs siècles, admis que le monothéisme était un dépassement du polythéisme gréco-romain. Les philosophes sont allés vers le monothéisme. L’idée que le Dieu du temple de Jérusalem soit le seul Dieu sur la planète, cela va bien, mais il y a tellement d’autres dieux dans les villes voisines, même peut-être à Jérusalem. Il y avait, parait-il, un sanctuaire d’Asclepios , le dieu guérisseur à Jérusalem. Donc l’idée d’un seul dieu ne traverse pas encore les esprits. On est encore dans un monde polythéiste. Mais on reconnaît la supériorité de la religion juive quand on est païen, puisque, dans cette religion, on a droit à une journée de repos par semaine. Je ne suis pas sûr de ce critère, mais je l’ai entendu plusieurs fois mis en avant et je trouve que c’est assez raisonnable de penser que le succès du judaïsme ne s’est pas fait pour des raisons théologiques mais pour des raisons pratiques. Ce ne sont pas les lois très compliquées, toutes les pratiques rituelles, qui ont attiré les gens. Les gens ont du reste tendance à ne pas les appliquer, mais il y avait un gros avantage c’est le jour du sabbat. Est-ce que Jésus va changer cela ? Non, Jésus est complètement dans le judaïsme. On est simplement au stade où il s’agit de restaurer quelque chose. Cette restauration, tant que Jésus est vivant comme homme.
C’est après sa mort, avec sa résurrection, avec la perception qu’il continue à vivre au ciel, à droite de la grande puissance que les choses vont changer. Pilate perçoit qu’il y a un nouveau culte qui naît à Jérusalem. On a le sentiment qu’une rupture se produit dans le judaïsme, avec la résurrection, mais pas avant. Ce que dit Jésus, je crois qu’on l’a déjà abordé, relève des grandes écoles du judaïsme. On retrouve l’école pharisienne dans l’amour du prochain. On retrouve l’école Sadducéenne c’est-à-dire le temple, dans le goût de parler en citant l’Ancien Testament, spécialement la Torah. Donc la tentation par exemple, le dialogue se fait à coups de versets bibliques. On retrouve l’enseignement du courant, de la mouvance apocalyptique, dans tout ce vocabulaire du royaume des cieux, de jugement dernier, de venue du fils de l’homme etc… On est dans un vocabulaire apocalyptique. Donc Jésus ne change pas pendant son ministère. Il n’infléchit pas le judaïsme. Il se préoccupe d’une transformation du sanctuaire, du culte et de la nomination du grand prêtre au temple.

Dans la continuité de la précédente question, si on admet que les premières versions des évangiles ont été écrites après 70, est-ce que la période de 250 ans, de la fin du premier siècle au concile de Nicée, est-ce que c’est pendant cette période qu’il y aurait eu harmonisation des quatre évangiles reconnus. Et c’est à partir de ce moment là que l’on voit une distanciation par rapport à ce que vous venez de dire, si Jésus est resté dans la culture juive.

Jésus reste dans la culture juive tant qu’il ne ressuscite pas. Il a déjà choisi la mouvance apocalyptique en mettant le Messie avant la Loi. C’est le point de sa rupture avec les pharisiens. Les Pharisiens sont un mouvement puissant, mais il n’est pas un mouvement au pouvoir. C’est plutôt une opposition au temple qu’un mouvement au pouvoir. Les seuls pouvoirs, c’est les Sadducéens et les grands prêtres. Le mouvement apocalyptique, c’est un autre mouvement d’opposition au temple, mais qui voudrait changer le temple. Alors que les pharisiens voudraient se passer du temple. Pour les Pharisiens le temple sert à une seule chose, assurer, en percevant le tribut annuel, l’identité juive. Le juif, ce n’est pas seulement qui croit en Dieu, c’est aussi celui qui paye l’impôt au temple. Chez nous cela a bien changé – je ne sais pas si c’est un bien ou un mal. Le Juif, c’est celui qui chaque année monte à Pâque pour payer l’impôt au temple. S’il ne monte pas il donne son tribut à quelqu’un qui monte à Jérusalem. Ce qui est important dans ce geste c’est que l’on revendique une identité.

Cette identité est absolument nécessaire aux Pharisiens. Les Pharisiens ne se soucient pas de savoir si on a une identité génétique ou une identité par élection personnelle, si on choisit cette religion. Ils se soucient qu’on ait cette identité juive. C’est le cadre dans lequel ils ouvrent leur école. On ouvre son école à tout le monde, on l’ouvre à ceux qui sont en règle pour ce qui est de l’identité juive. Donc les pèlerinages marchent bien à cause de cela. Les gens montent à Jérusalem pour défendre leur identité, vont à l’école et le réseau des synagogues est tenu par les Pharisiens. Donc les Pharisiens, en dehors de Jérusalem, sont les maîtres du judaïsme. A Jérusalem ils sont obligés de composer avec le temple et, pour eux, le problème n’est pas de savoir si le grand prêtre est choisi par un homme ou par Dieu. Pour eux le problème est que le temple fonctionne, perçoive l’impôt et rende en échange de l’impôt l’identité juive. Les gens se reconnaissent juifs parce qu’ils ont payé l’impôt au temple.

Je ne vous parlerai pas cette année de la manière de rédiger les évangiles. Comme on cherche un sujet pour l’année prochaine, ce sera un sujet que l’on pourra aborder. J’aimerais qu’on reste à cette histoire là, jusqu’à la mort de Jésus, que je ne vous raconte pas, car vous la connaissez. C’est la parti de l’évangile qui est la plus lue, l’évangile de la passion. Je ne vais pas vous raconter cela. Je crois que l’élément essentiel c’est la fête des Rameaux, l’entrée de Jésus à Jérusalem, mis ne relation avec : « si tu libères tu n’est pas un ami de César » C’est une connexion qu’on ne fait pas d’habitude. Je ne l’ai trouvée nulle part, sinon dans les textes. Dans Genèse 40, 10-11, on dit que celui à qui appartient le pouvoir, les nations lui doivent obéissance » C’est clair. Dans le contexte romain, cela veut dire qu’il se substitue à l’empereur. Je ne dirai que cela sur la passion, car cela serait ma manière de la raconter contre la vôtre. Il n’y a pas de raison que ce soit moi qui la raconte.

Je reviens sur ce que vous disiez précédemment. On a l’impression que Jésus par ce choix de l’âme, il y a comme un déterminisme. On a l’impression qu’il va vers la mort. Alors est-ce que c’est sa volonté ou bien est-ce que ce sont les évangélistes qui après ont mis en scène. Est-ce qu’il sait où il va ?

C’est une question d’interprétation d’historiens. Comment comprendre ce qui se passe après la Pâque 29 ? Jean Baptiste meurt. C’est l’aboutissement de l’alliance entre les Pharisiens et le mouvement apocalyptique. Qu’est-ce qui reste à Jésus ? Se retirer de tout ou bien trouver une solution nouvelle que le rapport de force pour faire aboutir la réforme du temple. Jésus est dans la situation de Luther. Luther veut changer quelque chose dans l’église sur le trafic des indulgences. Quelle solution il a ? Il est moins, il n’est pas Pape. Il n’a pas le pouvoir. Il faut donc faire quelque chose qui crée un rapport de force. Il placarde les 99 ordonnances et à partir de là une machine se met en marche. On est en 1517, Erasme vient de publier le nouveau testament grec. La première édition imprimée du nouveau testament en 1516. Aussitôt un immense mouvement se crée à partir des articles placardés par Luther. On est dans la première phase avec Jésus. Jésus veut créer un rapport de force par une alliance avec les Pharisiens. Mais cette alliance échoue. On est dans la situation où Luther s’est retrouvé de nombreuses fois, c’est-à-dire que sa vie de tient plus qu’à un fil. Il n’a pas eu constamment une alliance avec beaucoup de gens derrière lui. Les gens qui se sont levés derrière lui, se sont rapidement divisés, se sont opposés sur des points importants ou mineurs. Très souvent la vie de Luther n’a tenu qu’à un fil, généralement à une protection princière. Luther est exactement dans la situation de Jésus, c’est-à-dire qu’il a pris le risque de la mort comme lui.

Il ne cherche pas à liguer Pilate, les Sadducéens et toute la terre contre lui. Il tend la perche aux grands prêtres, les seuls exégètes qui soient assez avertis pour comprendre ce double message. Il leur tend la perche pour l’accuser auprès de Pilate. Qu’est-ce qui peut arriver de cette accusation. Il peut arriver que Pilate, en discutant avec Jésus, se dise que cela ferait un bien meilleur grand prêtre, sans ennui et sans cette contestation permanente que le grand prêtre hérodien. Hérode n’est plus roi des juifs. Il est roi de là où il veut. D’ailleurs il n’est pas roi de Judée, à ce moment là. Le pouvoir est dans les mains de Pilate. Le grand prêtre n’est plus nommé par Hérode. Une réforme est nécessaire dans ce sens. Comme elle est possible, elle ne dépend pas des Pharisiens. Il y a une possibilité de créer une alliance entre la mouvance apocalyptique et le pouvoir romain qui évince les Hérodiens, c’est-à-dire Hérode et les grands prêtres. Ce n‘est pas cela qui va se passer. Au contraire, dix ans après la mort de Jésus, Agrippa, le petit fils d’Hérode va être nommé roi des juifs. Le titre attribué revient à la famille d’Hérode. Rome juge que c’est son intérêt politique, c’est de maintenir un pouvoir temporel, à coté de son Préfet, Ponce Pilate, une famille Sadducéenne et un grand prêtre d’une famille Inumééenne, contrôlé par cette famille. C’est le choix politique qui n’est pas imposé, que fait Rome à ce moment là. Jésus ne va pas « au casse pipe ». Il n’évite pas d’y aller. L’autre jour j’ai vu un reportage sur la montée au pouvoir de Fidel Castro. Le nombre de risques qu’il a pris dans sa montée au pouvoir. Cela est typiquement messianique. Après cela devient beaucoup moins messianique. Jésus suit une avancée qui est messianique, c’est-à-dire qu’il y a toujours un soutien populaire à son entreprise et il y a des solutions d’alliance avec lui. Mais lui ne cherche pas d’alliance. Rien du moins ne nous permet de dire qu’il ait tenté de voir Pilate et que Pilate ait refusé. Il n’y a pas d’agressivité dans le procès entre Pilate et lui. Pilate semble ne pas le connaître.

Donc il n’y a pas eu de sa part de tentative de rencontrer Pilate pour renverser Hérode. Parce qu’il n’est plus dans une phase politique. Il est dans une phase où si Dieu veut une alliance, c’est Lui qui en prendra l’initiative. Je cois qu’on est au fond dans la psychologie d’un homme qui fait le contraire d’un autocrate. On a beaucoup d’exemples, je pense à Khomeiny, de religieux qui sont devenus des autocrates. On est dans une situation différente. On pourrait comparer avec Khomeiny, qui est en France en exil, qui attend que les choses arrivent. Tout d’un coup l’opportunité vient et il retourne dans son pays. Khomeiny n’avait aucun pouvoir du temps du Schah. Il a eu un pouvoir car tout d’un coup une crise a eu lieu et un appel populaire s’est produit le concernant. Je crois que Jésus est dans une situation juste avant cette rencontre entre l’opportunité et le soutien populaire. Il a eu le soutien populaire, mais l’opportunité n’est pas venue. Peut-être on peut toujours imaginer un Jésus qui ait un règne de 30ans ou un ministère de 30 ans et qui aurait enfin trouvé la manière de trouver l’opportunité. Les chefs de communauté qui vont suivre la mort de Jésus ont tous été chefs pendant 30 ans. Paul se convertit en 34, meurt en 64. Pierre meurt en 66 et il est le premier chef de la communauté de Jérusalem. Ils meurent tous martyrs, mais au bout de 30 ans. Jésus meurt au bout d’un an et demi. Effectivement on ne fait pas l’histoire de Jésus, si on cherche à se mettre dans la psychologie de Jésus.

Ce qu’il faut voir c’est comment réagissent les acteurs autour de lui. Il y a une phase politique qui est indéniable. Cela donne de la consistance humaine à Jésus. Ce n’est pas un ange qui est descendu, qui a fait semblant de mourir sur la croix et qui est ressuscité trois jours après. C’est plus compliqué que cela. Il y a une phase politique, mais ce n’est qu’au tout début de l’évangile et c’est un peu masqué. Il y a une immense phase qui dure exactement un an et cette phase fait les ¾ de l’évangile, au cours de laquelle Jésus n’est plus dans une logique politique. Il est dans la logique de laisser l’opportunité se produire. Si elle ne se produit pas, il en tirera les conséquences. Je crois que l’une des initiatives qu’il prend, c’est le jour des Rameaux. Je trouve qu’il y a un coup de génie d’arriver à mettre en place le conflit, non pas entre Jésus et les autres, mais entre les grands prêtres et la foule.

Toute l’histoire qui suit va lire la destruction du temple de Jérusalem comme la conséquence de la mort de Jean, exactement 40 ans après. 40 ans, c’est ce qui sépare, dans le livre de Jérémie, l’année où il reçoit son inspiration, la treizième année de Josias, et l’année de la destruction du temple de Jérusalem par Nabuchodonosor. On peut même se demander si en 70, avant la destruction du temple, les gens ne se sont pas dit : « Il y a quarante ans que Jésus est mort. Il (le temple)va disparaître cette année ». On est avec un peuple qui ne vit pas avec l’inconnu de l’avenir, mais avec des schémas. Dans ces schémas on voit apparaître des prévisions de l’avenir pour certains évènements. On ne sait pas exactement comment, ni quand, mais il y a des prévisions. Il y a des chiffres symboliques qu’on a tendance à mettre en application d’une façon tout à fait à la lettre. C’est assez frappant pour ces 40 ans. On retrouve cela plusieurs fois dans le christianisme des premiers temps. Les 40 ans qui seront un accomplissement.

Pouvez-vous nous dire un mot sur ce qu’on appelle la mouvance apocalyptique ?

Je crois qu’il faut commencer un peu avant Jésus et remonter à 175 ans avant notre ère. Pour la première fois depuis le retour d’exil en – 175 le Grand Prêtre de Jérusalem, qui n’est pas un souverain, mais le vassal d’un roi étranger, est démis de ses fonctions. Par le roi étranger. Jusque là tout a très bien marché. Le Roi acceptait le principe de la dynastie des grands prêtres, donc une continuité dynastique, depuis le retour d’exil, théoriquement en – 538. Beaucoup de gens pensent que c’est plus tard. Mais tout cela s’arrête en -175. A ce moment le Grand Prêtre qui était, pour tous les Juifs d’alors, légitime, laisse la place à quelqu’un qui de vient nommé par les hommes donc illégitime. C’est d’abord le frère du Grand Prêtre qui est nommé par le Roi, qui s’appelle Jésus. Le Grand Prêtre déposé s’appelle Onias, c’est-à-dire Jean. Jean/Jésus cela n’a aucun rapport avec le Jésus de l’évangile. Les prénoms jouent un certain rôle. Ensuite une autre dynastie va se mettre en place. Ce sont des prêtres guerriers qui ont gagné un certain nombre de batailles contre les Antiochiens et qui s’installent au temple en chassant l’héritier du Grand Prêtre déposé puis assassiné.
Dans ces conditions là vous allez avoir une partie du peuple qui va refuser le nouveau Grand Prêtre. C’est ce qu’on appelle l’époque Asmonéenne, parce qu’ils descendent d’un ancêtre qui s’appelait Asmonée. Ce grand prêtre refusé fabrique une mouvance dans laquelle on va annoncer le retour du prêtre légitime. C’est cela la mouvance apocalyptique ; c’est quelque chose qui va naître entre -175 et -142, dans une période très troublée et petit à petit les gens se disent qu’ils sont régis par un Grand Prêtre qui a usurpé le pouvoir. Mais celui-là est encore dynastique. Donc on a quand même le sentiment que si le premier s’est mis en place tout seul, le second a été mis en place par Dieu. Ces gens-là vont très mal se comporter et finalement il y aura une quasi guerre civile. L’autre camp va aller chercher les Romains pour qu’ils les débarrassent de ce Grand Prêtre Asmonéen. Les Romains vont venir avec Pompée, l’adversaire de César. Ils vont arriver en – 63 et ils vont pratiquement rendre inefficace le Grand Prêtre qui perd son titre de roi. Il devient un grand prêtre qui ne contrôle rien. Il fait juste le service du temple. En – 40 Hérode obtient de Rome de devenir roi des Juifs et de nommer les Grand Prêtres. Donc à partir de - 40 le Grand Prêtre n’est plus dynastique et est nommé par Hérode.

A ce moment la mouvance apocalyptique s’amplifie parce que non seulement l’autre n’était pas le bon mais celui-là n’est même pas dynastique. Donc crise de confiance concernant la légitimité du Grand Prêtre en place. Cela veut dire que tout ce qui arrive de travers est considéré comme la conséquence de cette illégitimité. S’il y a une famine on se dit qu’il n’y aurait pas de famine s’il y avait un interprète, c’était la fonction du Grand Prêtre, le Grand Prêtre doit être le media, l’interface entre le peuple et Dieu. Si cette interface est usurpatrice, elle ne fonctionne plus. Si quelque chose ne va pas - et c’est tout le temps que quelque chose ne va pas – on pense que c’est parce que le dialogue ne passe plus au temple. Les années passant ne font qu’augmenter les carences perçues, d’autant que l’argent du tribut va servir éventuellement à faire un plus beau temple et non pas à changer la condition du peuple. Hérode va construire le temple que nous connaissons aujourd’hui. Il ne reste plus grand-chose des temples précédents. Quand on parle de la période du second temple on ne sait pas s’il y a eu un premier temple, ni même un second. Le seul qu’on connaisse, c’est celui de l’époque d’Hérode. Le reste c’est une manière de s’exprimer. La mouvance apocalyptique s’amplifie et elle est complètement désorganisée, un peu comme l’extrême gauche française.

Il y a un groupe qui veut se battre, faire du terrorisme contre Rome ; ce sont les Zélotes. Il y a un autre groupe qui dit que son Messie est à Qumran. Ils l’appellent le Maître de Justice. Il y a un troisième groupe qui se fait autour de Jean Baptiste. lI y a une énorme littérature qu’on a retrouvé à Qumran notamment: les testaments des douze patriarches, le testament d’Abraham. Ce sont des gens qui produisaient de la littérature. Donc il y avait des lettrés parmi eux et dans cette littérature on a l’attente d’un monde différent, meilleur et non pas la sagesse des Pharisiens qui disaient : « Ecoutez, il faiu arriver à assumer le quotidien et quand cela devient un peu plus dur il faut trouver comment cela peut devenir un peu moins dur. Les Pharisiens gèrent le quotidien. On est dans l’entretien de l’idée qu’il va y avoir un grand soir. Aucun rapport avec l’extrême gauche française. Le Grand soir est typiquement l’héritage de la mouvance apocalyptique.

Il n’y a pas de confusion entre le Messie et le Grand Prêtre ?

A partir du christianisme le Messie va s’opposer au Grand Prêtre. Mais le Messie est un titre du grand Prêtre. Messie cela veut dire celui qui a reçu l’onction. Au départ la première onction que l’on voit raconter est l’onction de David. Le Roi est le maître du Grand prêtre. Et il exprime cette fonction de maître en étant lui dynastique, alors que le Grand prêtre est nommé. Ensuite, après le retour d’exil, le Grand prêtre est dynastique et l’oint, le Christ c’est lui et cela ne peut être que lui. Le Christ est un titre humain. C’est le titre de celui qui a la fonction d’interface entre Dieu et son peuple. Il est totalement du coté de l’humanité, même s’il est dans le temple, c’est-à-dire du coté de la sphère spirituelle.
Avec Jésus le sens du mot Christ va complètement changer. Puisque le Christ va passer dans le ciel et non plus rester sur terre et, comme le temple s’effondre 40 ans après, la notion même de Grand Prêtre disparaît dans le judaïsme. Pas celle de prêtre, car aujourd’hui encore quelque fois je dis des énormités devant les milieux juifs et ils me reprennent toujours. Je leur ai dit que depuis 70 il n’ y a avait plus de prêtre en Israël. Is disent que c’est faux depuis qu’on est obligé de lire la Torah en présence de prêtre. Quand on se réunit pour la lire, il faut être au moins dix et il faut qu’il y ait au moins un prêtre. Comment on reconnaît les prêtres ? Ils portent le même nom. Ils s’appellent Cohen ou Lévi. Quelqu’un que vous connaissez et qui s’appelle Lévi, est prêtre de naissance. Cela ne veut pas dire qu’il est prêtre au pouvoir. Donc si, un jour, on choisissait un Grand Prêtre dans le judaïsme tous les Cohen et les Lévi pourraient être candidats et seulement eux. C’est un peuple, comme les trois peuples monothéistes, qui sont extrêmement réglés. Dans le judaïsme comme dans l’Islam le nombre de règles est absolument fantastique. Chez nous c’est un peu différent parce qu’on est allé prendre le droit Romain au V° et VI° siècle. Il y a très peu de choses qui nous viennent de la Bible dans le droit de la société chrétienne, mais dans le Bible et le Coran, le nombre de règles est fantastique. On n’est pas du tout dans une bible désorganisée. Jésus est arrivé dans cette société là, non pas comme un chérubin qui va débarquer dans le monde du porche orient, comme on le représente quelque fois, avec les boucles blondes et des yeux bleus. Quelqu’un m’a demandé si Jésus avait les yeux bleus, j’ai répondu : évidemment.

On se demande si le premier temple a existé, si le deuxième a existé. Or l’histoire dit que Pompée, quand en – 64 il a envahi le Judée, il a pris Jérusalem. Il a pris le temple et on dit qu’il serait entré dans le temple. Il est allé dans le saint des saints et on préside qu’il était vide. Il n’y avait pas les tables de la Loi. Donc le temple existe bien.

Il y avait les sous ! Il n’y a aucun doute. A partir du II° siècle avant notre ère il y a des traces historiques de prise du temple, de viol du temple, de profanation et de pacification. Mais on n’a pas de trace archéologique de ce temple. Dieu merci l’archéologie n’a pas tout gardé de l’antiquité, car on ne saurait pus où se mettre. Mais comme on ‘a pas de trace, on a, en revanche, des traces littéraires que le temple a été profané en – 167. C’est ce qu’on appelle l’abomination de la désolation, une profanation cette année là, et qui a été purifié trois ans après par Juda Macchabée. C’est ce que nous célébrons quand nous chantons « : « A toi la gloire… », qui est le cantique Haendel met dans la bouche de Juda Macchabée, dans son oratorio. Le langage utilisé au moment de la purification du temple, c’est celui de la résurrection et la fête de la purification du temple va passer au christianisme par la fête de Noël. (Hanoucca ou de la Dédicace), qui va avoir la même date que celle qu’on va attribuer à la naissance de Jésus. En fait le langage est le langage du redressement, de la résurrection. C’est pour cela que Juda Macchabée, qui célèbre la remise en place du temple, est devenu le cantique de la résurrection. Cela répond à la question de la continuité. La continuité n’est interrompue que pas quelques fractions successives, la première, c’est quand Jésus va au ciel et là c’est très nouveau. La deuxième c’est avec Saint-Paul. La théologie de Paul rompt avec le judaïsme. Et puis il y en aura d’autres quand des Chrétiens et les Juifs ne fréquenteront plus les mêmes lieux de culte. Les Chrétiens se feront virer de la synagogue par les Pharisiens et le retour c’est que les Chrétiens accuseront ceux qui vont au culte des Pharisiens d’être des déicides et les désignent comme responsables de la mort de Jésus. Je ne vous dis pas les paroles définitives qui ont été prononcées pendant des siècles. Tout n’a pas commencé avec Hitler.

5 - LE 31 MAI 2007 : LE MINISTERE CELESTE

Il y a une vie de Jésus après sa mort, qui n’a rien d’une superstition. Les évangiles contiennent une série d’épisodes qui ont un deuxième sens, qui visent la période où Jésus est vécu par la Communauté comme un maître, devenu céleste.

« Jésus est-il ressuscité ? » Des intellectuels catholiques ont ouvertement mis en doute le fait que Jésus est ressuscité. L’Eglise a demandé d’y croire On est amené à se poser cette question, comme un mystère. On ne peut pas l’expliquer. Du coté protestant on dit que, c’est compliqué, mais que ce n’est pas une raison de ne pas y croire.

On est devant un texte écrit. «Qu’est-ce que cela veut dire pour ceux qui l’ont écrit ? » Voilà comment il faut l’aborder. La question fondamentale, ce n’est pas simplement ce qui s’est passé, mais c’est celle du SENS. Que veulent dire les théologiens quand ils disent que la résurrection est un évènement théologique alors que la crucifixion est un évènement historique. Le sens de la résurrection est plus important que l’évènement lui-même.

Jésus, au moment où il est enseveli, fait historique, crée un désarroi. Certaines choses, pendant son ministère, notamment les Rameaux, vont créer un contexte favorable à une conviction populaire et à un acharnement des grands prêtres. L’évènement de la résurrection, c’est le fait que les gens le croient. C’est un évènement théologique. Le christianisme vient de là. Si Jésus est ressuscité et que personne ne le croit, il n’y a pas de christianisme. C’est une question de confiance, de foi. Des gens ont des visions ! C’est ce qu’indique l’Evangile.

Une Communauté va naître dans l’Eglise primitive (évaluée à 3000 personnes). Il va falloir faire face à cette situation. Les femmes au tombeau ont la vision d’un ange. Les visions font partie de la vie.

Il n’y a pas que le fait de sortir du tombeau en chair et en os. Dans la précipitation, les disciples rassemblent leurs souvenirs. Ils sont désemparés . Jésus n’a pas eu le temps de mettre au point une théologie. Les disciples vont faire de Jésus un personnage céleste C’est là que les choses se mettent en place. Ce Jésus, qui devait être le grand prêtre légitime, on va le vivre comme un personnage céleste.

Tout ce qui va se construire repose sur le fait qu’au ciel il y a le chef et sur la terre ses porte- parole, Pierre, Jacques, Paul et les frères. Ils vont mener la « barque » avec des relations mystiques avec Jésus.. Jésus va inspirer la conduite des disciples.

Dans l’épisode de la tempête apaisée, qui a un deuxième sens, on nous raconte que des pêcheurs veulent traverser la mer de Galilée. Ils installent à la barre un charpentier (1° invraisemblance). Ils le laissent s’endormir en pleine tempête (2° invraisemblance). Que nous apprennent ces invraisemblances ? Il y a une deuxième lecture à faire. Un bateau c’est l’image des églises ; la nef est l’image inversée du vaisseau. Que font-ils dans cette communauté chrétienne ? Ils agissent. Qui tient la barre ? Jésus. Mais il dort car il est mort. Il faut qu’on réveille Jésus. La tempête c’est l’image du conflit doctrinal (Lettre aux Ephésiens) C’est une métaphore doctrinale. « On est ballotté », d’où l’image de la tempête. Ils vont trouver Jésus qui apporte une solution au conflit doctrinal.

Ce qui me terrifie dans tout cela, c’est que cela va devenir des paroles de Jésus.

Le Christianisme va naître d’une idéologie totalisante, voire totalitaire, C’est quelque chose qui n’est pas dans notre culture (notion de maître céleste et de porte parole).

La première chose à faire a été de confier à un scribe le soin de rassembler la parole de Jésus. La vie céleste de Jésus va s’arrêter avec la mort de Jacques en 63. Il y a donc eu plus de 30, ans de ministère céleste. Cela vient du vécu de ces gens là, qui ne s’étonnent pas de cela ; faut-il rappeler que César s’identifiait à Vénus. Cela dérangeait le rationalisme des Pharisiens. C’est pourquoi Jacques a été assassiné pour avoir trahi les pharisiens. Ceci est rapporté par Eusèbe de Césarée. Après la mort de Festus, celui qui a jugé Paul, un complot a été organisé par les chrétiens et les pharisiens, pour changer le grand prêtre.

A ce moment Jacques vient en chaire et dit que le Seigneur est à la droite de la Grande Puissance. Les pharisiens se révoltent et c’est la rupture.

Le dernier épisode du Jésus céleste est celui de la femme qui est vue près de Jésus et qui brise un vase.

Après le mort de Jacques on accepte l’idée celle de Jésus. L’onction de Béthanie, Le 2° sens. C’est à partir de ce moment là, tout le monde est mort, que les chrétiens vont s’organiser. Il faut choisir qui va succéder. On choisit à ce moment là les disciples, plutôt que les frères. Ce sera une autorité didactique où la pastorale est associée à une base doctrinale.

Questions et interventions: Que fait-on de l’Ascension ? C’est une façon d’expliquer que Jésus est en même temps présent et absent. Il y a un temps de l’épreuve (40 jours) et Jésus est « repris » par le ciel. L’évènement qui fonde le christianisme c’est la prédication et non la résurrection. L’histoire nous ramène à l’an 30, c’est la naissance de la Communauté. Les « langues de feu », c’est une image. L’histoire des langues parlées, c’est le mystère de Babel. Il faut interpréter les récits avec les codes de l’époque. C’est Babel à l’envers.

72 personnes ont séparément, en trois jours, fait la traduction du Pentateuque. Les traductions étaient identiques (Septante). La flamme c’est la parole du prophète. Il faut lire le Nouveau Testament par référence à l’ancien. Il y a une évolution importante entre les deux, mais le langage est le même. L’Ascension a un sens là où elle est racontée, à la fin de Luc et au début des Actes.

Question sur la lecture ésotérique de la résurrection. Non, c’est une lecture mystique. Cela n’a rien à voir avec la résurrection. Les Gnostiques se fichent de la résurrection, car le Christ, pour eux, n’a jamais été un homme. L’ésotérisme chrétien est rejeté dès le II° siècle. Les documents de Nag Hammadi le montrent bien. Tertullien et Irénée réfutent l’interprétation des Gnostiques. La tempête apaisée est le premier schisme entre Gnostiques et le courant principal. L’ésotérisme n’a rien à voir avec la Philosophie. Le besoin d’ésotérisme va se manifester au moyen âge. Chez les Juifs, l’ésotérisme (Kabbale), n’est pas séparé de la mystique.

L’Ascension c’est le deuil de quelqu’un.


Commentaires

  1. 1 mechin a dit:

    aimerait retrouver bourrat marcel

    Citer | Publié 7 février 2008, 12:03

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