4ème Conférence à la Garenne Christian Amphoux

Vendredi 28 mars 2008 à 19h00 à la Garenne à Beauvoisin (à coté du Château)

dernière conférence sur l’Apôtre Paul: la captivité et la mort…

Ce moment est suivi d’un repas convivial vers 20h30 au même endroit. resize-of-georgina-dufoix-eglise-reformee-001.jpg
notes pour téléchargement: vie-de-jesus.doc

RELEVE DES NOTES PRISES LE 2 MARS 2007 AU CENTRE DE LA GARENNE AUCOURS DU TROISIEME ENSEIGNEMENT DE C. B AMPHOUX
SUR LA VIE DE JESUS, merci à Marcel Bourrat


Préambule : Il semble qu’à Montpellier on ne reste pas indifférent à ce qui se passe à Beauvoisin, sachant que les interventions de B.C. Amphoux dans ce village rassemblent presque autant de monde que si c’était dans la capitale régionale. Cela prouve que les auditeurs sont fidèles et cela donne envie à C.B. Amphoux de continuer à répondre à leurs questions. Cela a été dit sans désir de flatter - l’intervenant est trop protestant pour cela !

La réunion de ce jour sera conduite en deux temps, un préambule et une échange avec J.R. qui fait l’effort de lire les ouvrages de Meier. Rappelons que cet auteur, prêtre catholique du diocèse de New-York, développe la thèse actuelle qui émerge quand on se dégage des « présupposés » de l’histoire concernant Jésus.

La datation du baptême de Jésus : Il faut rappeler que le baptême de Jésus n’est pas une anecdote dans sa vie, car, contrairement à d’autres évènements, la date est connue avec un grand luxe de détails dans Luc.

Il a eu lieu la quinzième année du règne de l’Empereur Tibère, Ponce Pilate étant « gouverneur » , Hérode Antipas étant tétrarque de Galilée, son frère Philippe trétrarque de la province voisine, etc… les grands prêtres étant Caïphe et Anne.

Pourquoi prendre autant de soin à dater cet évènement et non pas, comme aujourd’hui, la naissance et la mort de quelqu’un. Est-ce que c’est parce que la date du début du règne des rois est également retenue ? L’interprétation proposée. Jésus ne devient pas roi, mais quelque chose de particulier se produit. Deux signes apparaissent, l’un visible, l’autre auditif. Le Saint-Esprit descend en lui comme une colombe. Une voix du ciel se fait entendre. Selon Matthieu et Marc : « Celui-ci est mon fils. En lui j’ai mis bonne opinion … ». Formule difficile à interpréter, qui signifie que c’est une élection, une adoption. Il se produit quelque chose de nouveau : une « investiture sacerdotale ». C’est autour de cette notion de sacerdoce qu’il faut interpréter le baptême. Meier « tombe dans le panneau » en considérant que, dans Jean, il y a le messianisme sacerdotal, en Jésus il y a le sacerdoce royal ou politique et en consacrant tout le 2° volume de son livre au Jésus, roi des juifs, compte tenu de son ascendance royale, par David. Jean, descendant d’Aaron, par sa mère et son père, est prêtre de naissance. Il n’y a donc pas de parallélisme entre les deux mais complémentarité.

On peut fonder ce sens par l’analyse des images. La colombe, en hébreu se dit Ionah. En grec cela donne Jonas. C’est un jeu de mot avec le nom du dernier grand prêtre légitime, qui s’appelait Onias . L’image de la colombe, par son nom hébreu sous jacent, transcrit en grec, est choisie pour évoquer l’évènement par lequel Jésus va recevoir le sacerdoce légitime. Il va recevoir la succession du dernier grand prêtre légitime Onias. Pour nous il y a une signification symbolique, qui signifie la paix et qui fait référence au déluge. Si traditionnellement on dit qu’après le déluge vient la paix. Il y a une autre interprétation symbolique du déluge. Ce récit annonce une réforme du sacerdoce. La fin du déluge représente un temps nouveau. La preuve c’est que le successeur de Noé n’est pas le deuxième ou le dernier mais l’aîné de ses fils. Le retour de cet évènement de la désignation comme successeur du fils aîné est le signe d’un temps nouveau. Traditionnellement le premier fils est déchu. S’il y en a deux c’est le second qui est le successeur et s’il y en a plusieurs c’est le dernier qui est élu. Ce n’est ni Cam, ni Japhet, qui va succéder à Noé, mais Sem le fils aîné. On assiste à un retour de Cam. Pour que la colombe puisse venir du ciel il faut que celui-ci « s’ouvre », image qui sera transformée dans Marc au II° siècle sous la forme du ciel « qui se déchire », mais cela aura un tout autre sens. Quand le ciel s’ouvre on a une révélation majeure. L’évènement majeur est que l’Esprit Saint entre dans Jésus.

Ceci doit déranger les auditeurs. Qu’est ce qu’était Jésus avant, si l’esprit Saint ne vient en lui que lorsqu’il a 33 ou 35 ans ? Il n’était pas divin. Il faut lire les textes d’assez près et nous sommes invités à lire les récits de la naissance de Jésus dans Luc. Jésus n’est pas, au moment de sa naissance, rempli de l’Esprit, Jean-Baptiste l’est comme enfant, le sage Simon l’est aussi. Jésus est rempli de grâce, de sagesse, mais pas de l’Esprit. On est donc dans un sens restrictif du mot Esprit qui n’implique pas un jugement sur la nature divine de Jésus. Elle est divine, dans Luc, dès la naissance. Mais c’est au moment du baptême que cette révélation se fait. Aussi bien pour Jésus que pour les gens qui l’entourent. Jésus avait probablement l’Esprit de Dieu, mais il ne le savait pas.

Jésus doit assumer la fonction de Grand Prêtre. On trouve cela dans l’Epître aux Hébreux, qui est un des plus fondamentaux du NT, le seul à nous dire une chose la plus importante concernant le sacerdoce de Jésus .

Comment ce processus se fait-il dans une société aussi réglée sur le plan législatif que la société juive. C’est à partir de cela que l’intervenant a inventé le processus suivant : Jean-Baptiste est à la fois prêtre de naissance et cousin de Jésus. Comme il n’a, ni enfant, ni frère et sœur, ni cousin plus proche, il choisit Jésus pour fonder avec lui – le fondateur est le premier en fonction – une nouvelle lignée sacerdotale. On est donc dans un processus qui est complètement à coté de l’interprétation que l’on fait du baptême de Jésus. Jésus entre dans le projet de Jean et non pas le sien, qui était de dire à Jean : « j’adhère à ta prédication ». Jésus est venu chercher le baptême. Il reçoit en fait l’investiture. Il doit maintenant franchir les étapes pour entrer au temple comme Grand Prêtre en fonction. Il y a un modèle pour Jean et Jésus, c’est le cas de Saül et de David. Dans le premier livre de Samuel on voit que Saül réagit quand il apprend de Samuel que Dieu ne l’a plus choisi et qu’il met la main sur le pouvoir qu’il occupe. Il fait en sorte que personne ne puisse prendre sa place.

Samuel va, par défi, oindre David qui est un petit berger et en faire un concurrent de Saül. David va vivre une immense histoire, au cours de laquelle il va risquer la mort plusieurs fois, car il est le concurrent désigné du roi.

Ce modèle a servi à tracer le parcours évangélique de Jésus. Quelque chose s’est produit à la naissance, cela a été vu au cours de premières séances. Mais quelque chose de très important se passe au moment du baptême.

A partir du moment où Jésus est baptisé il ne va plus avoir droit à la vie privée, car Jean va être mis en prison et il va devoir prendre la place C’est un premier exemple de substitution de l’élu au fondateur d’une dynastie. Mais quand Jean est exécuté Jésus n’est plus le porte parole de Jean mais son successeur de plein droit. Il lui incombe de définir sa stratégie.

Ce qui est intéressant c’est de tirer des épisodes des évangiles des indices nous renvoyant à des évènements. Ces évènements, on va essayer de les situer dans le temps.

Jésus est baptisé la quinzième année du règne de César, le règne ayant commencé en 14. On est donc en 28 entre la 14 et la 15° année. Le baptême a lieu, en 28, au moment où on peut se tremper dans l’eau sans trop de mal. Il faut savoir qu’à Jérusalem, au mois de mars, il fait froid. Le baptême a, plus raisonnablement eu lieu, non pas pour la fête des rois, mais entre la pentecôte et la fête des tentes . Jean ne baptise pas toute l’année. Trois mois suffisent pour « répondre à la demande ».

La mort de Jean a une référence en 6,1 de Luc. Il y a un adjectif le « deuxième premier » utilisé dans Luc au 6,1 . C’est très probablement le sabbat de la semaine des pains sans levain. Ce sont les sept jours qui suivent le jour de la Pâque qui peut tomber un samedi comme un autre jour de la semaine. Ce n’est pas comme notre Pâque qui a été fixée un dimanche . Si l’évènement de la mort de Jean est associé au samedi de la semaine des pains sans levain, cela veut dire que, si Pâque a lieu un samedi, ce samedi là est le deuxième de l’année. Si Pâque ne tombe pas un samedi, ce samedi est le premier de l’année. C’est donc la Pâque 29. Jésus serait donc mort à la Pâque 30. Donc Jésus a donc eu un ministère terrestre de l’été 28 à la Pâque 30. Ensuite il va avoir un ministère plus long de 30 à 63, date de la mort de son frère Jacques. Mais l’Evangile ne raconte que la première partie. Alors qu’un certain nombre d’évènements viennent du ministère céleste et non pas du ministère terrestre .

Donc le baptême est un repère, le deuxième est la mort de Jean et le troisième est celle de la mort de Jésus. Y en a-t-il d’autre ?

Il y en a un que C.B. Amphoux a découvert plus tard que les autres. Il est associé au samedi deuxième premier et à la scène de Jésus qui se promène avec ses apôtres, quand ils froissent des épis de blé . Ils mangent des graines, ils mangent des semences. Comme on sait, la farine des grains de blé n’est pas digeste. Le grain est fait pour être écrasé, mélangé à de l’eau, fermenté et cuit. Le pain est digérable après fermentation et non pas avant. Vous avez vu aussi la question que soulève Jésus. Quand il eut faim, David mangea le pain réservé aux prêtres.

Il y a quelque chose qui échappe. Voici une clef de compréhension. D’abord le récit se lit à deux niveaux, le niveau liturgique et le niveau théologique. Au plan liturgique cela se passe dans un champ de blé… avec les petits oiseaux. Mais au deuxième sens il y a une chose qui choque : on est à Pâque, la moisson est à peine commencée . On ne va pas se promener dans un champ de blé quand les tiges sont encore debout. Il y a un rite, dans le Lévitique, qui veut que la première gerbe soit offerte au Prêtre. Cette gerbe est déposée par tous les agriculteurs sur la table d’offrande dans le temple. A ce moment on accède à un deuxième sens du texte qui, sans éliminer le premier sens, qui est si beau, indique que Jésus est dans le temple avec ses disciples, dans la partie réservée aux prêtres, c’est-à-dire juste avant le Saint des Saints, réservé au Gand Prêtre. Il touche aux gerbes qui sont sur la table et quand on lui dit : « qu’est ce que tu fais là » il répond: « je fais ce qu’a fait David, je les mange par nécessité ». Que représentent les graines ? Justement la différence qu’il y a entre le prêtre et le fidèle. Quand nous allons arriver à la multiplication des pains Jésus les fait distribuer non pas pour qu’ils les mangent, mais pour que les disciples les donnent à la foule. Tandis que le contenu des épis les disciples le mange, c’est-à-dire que les épis, les semences, sont aux prêtres ce que le pain est à la foule. Le pain représente la parole de la prédication et les semences, la parole de l’enseignement théologique, la formation des prédicateurs.

Il y a là un repère très important qui est associé au samedi des pains sans levain. On est au moment de la première gerbe. Il se passe dans le temple quelque chose d’essentiel car David est un faux semblant. Il n’est pas question de messianisme royal. Jésus est en discussion avec les Pharisiens. Qu’est-ce qui choque chez les Pharisiens ce n’est pas que Jésus, qui est laïc comme ses disciples, prenne la part des prêtres. C’est que Jésus le fasse un samedi, le jour du sabbat. Et quand Jésus leur répond, il répond à une double question: Pourquoi laisse-t-on un laïc manger la part des prêtres le jour du sabbat. Jésus leur répond uniquement à la première, si l’on peut disposer de la part des prêtres quand on est laïc. Deux axes dans l’épisode. Pour les Pharisiens, le problème du sabbat, celui de Jésus de manger la part des prêtres quand on est laïc. Qu’est ce qui passe en premier. La primauté dans la hiérarchie des valeurs. Est-ce le Messie, à l’image de David ou est-ce le sabbat, à l’image du Décalogue ?

Au dessus du sabbat, pour Jésus il y a le Messie, c’est-à-dire le Grand Prêtre légitime. Voilà le conflit. On est à l’aboutissement d’une longue période de discussion dont le début est raconté dans Jean. Là on est à la fin de la période. Cet épisode se rattache à la partie des évangiles qui parle du thème du pain et de la semence et qui va jusqu’à la multiplication des pains. Alors que, dans Jean, il est question de ce débat à propos de la guérison du paralysé, qui se rattache à cette partie qui va du baptême jusqu’à la guérison. Les Pharisiens, appelés les Judéens, mais certainement les mêmes, contestent Jésus. Donc il y eut entre la période du baptême, à l’automne 28, et la mort de Jean, au printemps 29, un débat entre Jésus et les Pharisiens. Ce débat porte sur l’alliance entre le mouvement apocalyptique, dans lequel il est entré le jour de son baptême et dans le quel il a pris des responsabilités, et les Pharisiens. Si les chefs arrivent à se mettre d’accord sur les valeurs. Alors il pourra y avoir alliance avec les Pharisiens. Il reste le Temple, la classe aristocratique de Jérusalem, les Sadducéens, c’est-à-dire la famille de Jésus et, puis les scribes, qui sont les enseignants du Temple, qui ne sont pas particulièrement populaires. Il s’agit de mener une tâche de réforme du sacerdoce. Vous avez d’un coté deux ou trois mille personnes et de l’autre deux mouvances à peu près équivalentes de 30000 personnes.

Jésus doit prendre des fonctions qui sont politiques et donc adopter une stratégie politique. Il y a, à ce moment, deux paroles qui sont la mémoire de cet évènement qui sont celle de l’homme fort et du péché impardonnable, « le péché contre l’Esprit », qui nous sont transmises, privées de tout contexte et dans Matthieu et dans Marc et au milieu de Luc, qui prennent sens dans cette période de la vie de Jésus. Vous avez une parole qui est contre Hérode – l’homme fort. Pour vaincre Hérode il faut le ligoter et à ce moment on pourra prendre ses affaires, c’est-à-dire le pouvoir qu’il incarne. Il faut donc une alliance pour vaincre Hérode et son suppôt, c’est-à-dire le Temple. Ce dernier est en effet nommé par Hérode. La parole sur le péché impardonnable, celle-là est contre le Grand Prêtre. On leur a enlevé leur signification politique car le christianisme a pris une autre orientation. Après l’accord entre les mouvements il y aurait eu accord avec les Romains, les victimes auraient été Hérode et son Grand Prêtre. Au terme du débat les Pharisiens disent non, ce qui compte, pour nous, c’est le sabbat, ce n’est pas le Messie. Dans l’épisode suivante de la guérison de l’homme à la main sèche Jésus va chez les Pharisiens montrer la supériorité du Messie, puisqu’il guérit le jour du sabbat. Et la réaction terrifiante, c’est que les Pharisiens vont conclure une alliance avec les Hérodiens. Ce petit détail vient étayer le basculement du parcours de Jésus. Maintenant Jésus va être dans un parcours théologique. A la Pâque 29 tout est joué. La mort de Jean, qui apparaît comme une crapulerie d’Hérode, est la conséquence de l’alliance entre les Hérodiens et des Pharisiens qui est conclue le jour du sabbat de la semaine des pains sans levain. Jésus n’aura plus désormais de soutien du coté des Pharisiens qui représentent la moitié de l’influence populaire. On est dans une dramaturgie qu’on ne trouve pas dans le livre de Meier, parce que notre tradition de lecture ne s’autorise pas à suspecter, même chez ceux qui ont une parole tout à fait libre, qu’il puisse y avoir un deuxième sens qui aurait une portée politique . Ce débat est très important, car il porte sur la période de l’automne 28 au printemps 29. Est-ce qu’on va réussir à conclure une alliance avec les Pharisiens ?

Ce projet a été repris 30 ans plus tard avec Jacques. Il y a une crise du sacerdoce et les Pharisiens viennent le trouver et lui disent : « Nous voulons que tu sois Grand Prêtre ». il y mettent une condition, c’est que « tu arrêtes tes salades avec Jésus ». Jacques, trente ans après, se pose en porte parole de quelqu’un qui est mort trente ans plus tôt, cela fait morbide. Il ne faut pas cultiver le souvenir de quelqu’un qui n’a pas autorité sur les Pharisiens. « Tu deviens Grand Prêtre à condition que ce soit comme successeur de Jésus et non pas son porte parole ».Le discours de Jacques sur le pinacle du Temple est de dire : « Jésus est vivant, il est assis à la droite de la grande puissance ». Et Jacques sera assassiné. Les tentatives d’alliance, d’unité du peuple juif achoppent. Les Chrétiens ont choisi une voie qui est incompatible avec l’enseignement des Pharisiens. Il y aura deux judaïsmes. Les chefs disparaissent après 70 et le judaïsme éclate en deux branches, la branche pharisienne, qui va donner le Talmud, le judaïsme médiéval, le judaïsme moderne, puis la branche chrétienne, pour une large part. Il y a aussi des branches marginales, qui sont la Gnose et les Ebionites qui ne sont pas complètement mortes aujourd’hui.

2 - Echange avec Jean-René :

21 – La présence de Jean le Baptiste qui semble problème aux évangélistes : Notamment à Jean. Jean le Baptiste fait scandale, car, fils unique d’un prêtre, il refuse de l’être et s’enfuit dans le désert.

Réponse : Il y deux problèmes. D’abord ce qu’il fait avec le baptême. C’est un prêtre qui est en rupture avec la classe sacerdotale. Il fait exactement ce que font les prêtres de la classe sacerdotale, mais pas pour l’argent, mais gratuitement. C’est la rémission des péchés. Ce que Jésus va reproduire avec le paralytique, c’est le geste provocateur de Jean, c’est-à-dire pardonner les péchés, qui est l’apanage du Temple. Rappelons que le Temple est le lieu d’une immense boucherie. Les agneaux qu’on égorge juste avant la Pâque, cela représente des monceaux de sang sur le parvis du Temple. 200 ou 300 000 agneaux « étaient égorgés en deux heures. En Tunisie, au moment de l’Aïd, il n’y a pas de concentration dans l’espace des exécutions. On voyait se balader des enfants avec des agneaux, pour le faire paître en attendant le moment de l’égorger. Partout on voyait ce spectacle. A Jérusalem c’était concentré dans le même lieu. Cette ville qui hébergeait 50 000 habitants, en avait 500 000 au moment de la Pâque, donc 400 à 450 000 pèlerins et tout le monde venait égorger son mouton. Même si c’était 20 à 30 000 moutons. C’était une quantité importante de sang qui se déversait dans le Temple. L’offrande était la contrepartie du pardon. Jean-Baptiste instaure un pardon gratuit. Il y a quelque chose d’extrêmement violent. Il n’y a pas seulement le baptême qui est offert aux femmes. C’est Paul qui va reprendre cette idée alors qu’elles n’avaient pas accès à la circoncision.

La deuxième chose très importante, c’est de savoir si Jean-Baptiste, si certains lui restent fidèles après, va devenir concurrent de Jésus. Dans les films sur l’origine du christianisme, on a entendu beaucoup de choses auxquelles l’orateur n’avait pas du tout pensé. Jean a été vécu a posteriori comme concurrent. Il y a un mouvement de Jean qui continue, qui semble contestataire du mouvement de Jésus. On ne voit pas généralement une continuité entre Jean et Jésus. D’autant que d’après la Christologie de Paul, Jésus ne peut pas être qu’un commencement, mais pas un continuateur.

Donc l’idée qui est donnée de continuation de Jean à Jésus est une idée qui suppose qu’avant la christologie de Paul, il s’est passé quelque chose de beaucoup plus ordinaire. Donc Jean est gênant pour les générations qui suivent et en même temps provocateur car il pratique gratuitement un rite que les autres se font payer grassement. Jean n’a pas de frais de structure !

Pour C. Amphoux il n’y a pas de concurrence. Il y aura concurrence à partir du moment où la christologie sera en place. Alors la christologie fait que certains parmi les chrétiens, comme Apollos à la fin d’Actes 18 (vers. 25) ne reconnaissaient que le baptême de Jean. Le baptême de jean va représenter en quelque sorte le vieux christianisme.

22 – Le baptême est plutôt embarrassant. Comment peut-on pardonner à quelqu’un qui est sans péché. Quel sens à donner au baptême de Jésus par Jean. Meier a deux propositions : C’est une expérience personnelle intime dont personne ne s’est rendu compte, à part Jésus lui-même. Deuxième hypothèse : la théophanie , telle qu’elle est décrite dans les synoptiques, qui, pour lui, est une composition chrétienne faite après coup.

Le sens qui est proposé n’est pas proposé dans l’exégèse, mais n’est pas contradictoire. C’est plutôt complémentaire. Dieu se manifeste de deux façons. Il rend, visible quelque chose et rend audible une parole. Il y a une double théophanie. Mais effectivement l’idée que la colombe renvoie au mot Ionah etc, c’est quelque chose qu’on ne trouve pas. Le nom lui-même de Jean (Ioan) est une troisième forme de combinaison des même lettres qui sont disposées différemment.

Donc c’est Jean qui va donner l’investiture venant de Dieu, par le signe du baptême et Dieu manifeste son accord par une colombe.

23 – D’après Meier le baptême est le signe extérieur du changement de statut de Jésus. Il fait l’opposition entre une explication apocalyptique. Il préfère le terme d’eschatologie. Il va y avoir un nouveau rite.

Quelle est la fonction nouvelle de Jésus ? Il n’est pas question de sacerdoce. C’est une interprétation nouvelle et non pas une idée reçue. J’ai trouvé cette idée dans le commentaire qu’a fait une Père de l’Eglise Syriaque Ephrem. A propos du baptême il parle de la mise en place du sacerdoce de Jésus. Parmi les écrits apocryphes chrétiens il y en a qui discutent sur l’idée de savoir si Jésus peut faire partie des prêtres au Temple. C’est une question qui s’est posée plutôt dans les églises orientales plutôt que dans les églises occidentales où assez rapidement on a mis en place l’idée du Christ Roi ?

Meier développe l’idée que toutes les paroles et les miracles sont, dans son livre, placés sous le signe de la royauté de Jésus. C’est le sens que prend cette énorme exégèse, qui fait plus de mille pages. Il y a certainement une lecture évènementielle qui est à faire des épisodes de Jésus. Derrière le lépreux, qui est juste derrière le baptême et l’appel des premiers disciples, Qu’est-ce que c’est que ce lépreux à qui on dit : « va te montrer aux prêtres » . La lèpre occupe les deux chapitres qui sont le centre littéraire de Lévitique, qui est le point central de la Torah. Le Lévitique est le livre de la loi de sainteté appliqué aux prêtres et le peuple est invité à suivre cette loi. C’est au milieu des deux livres qui racontent l’histoire de Moïse, l’exode et les nombres. Ces deux livres sont eux-mêmes entourés de la Genèse et celui de la répétition de la Loi, le Deutéronome.

La lèpre est au centre de la structure même de la Torah. Il y a des questions qui sont délicates. C’est quelque chose qui manque dans le livre de Meier, c’est qu’après le baptême on ne trouve pas chez lui d’évènements nouveaux. C. Amphoux pense qu’avec la transfiguration on a un évènement très important, qui a lieu l’année suivante.

24 – Jésus est-il pécheur ? Il avait, au moment du baptême, un grand péché à se faire pardonner car il avait rencontré Marie Madeleine. Mais nous ne sommes pas dans le Da Vinci Code. Il n’est pas question de Marie Madeleine avant le baptême. Est-ce que Jésus avait des péchés .

On n’est pas sur ce sujet, dans un processus historique, mais dans un processus dogmatique. Les Dieux pèchent dans le monde grec, non dans le monde juif. Si Jésus est Dieu il est sans péché. En tant qu’homme il peut pécher, en tant que Dieu, il ne pèche pas. On est donc devant une équation extrêmement difficile.

Meier s’en sort en disant que Jésus appartient à un peuple de pécheurs, sans l’être forcément lui-même, et que le baptême est un appel à la miséricorde de Dieu et ce n’est pas pour ses propres péchés.

25 – Question sur les Dieux bons (Eon) et les démiurges évoqués par Nathalie Bosson à Sommières.
La gnose n’est pas tout à fait dans la théologie de l’ancien testament. Il y a un syncrétisme avec la religion grecque. Satan est représenté comme un ange déchu. Jésus se place dans un système monothéiste, dans le quel il est pleinement Dieu. On est devant des questions (le péché) qui relèvent de la religion et non pas de l’histoire.

26 – Jésus était-il disciple de Jean ? Cela a l’air de poser un énorme problème. L’idée même de chercher une continuité entre Jean et Jésus fait problème pour l’émergence du christianisme, comme un phénomène nouveau. Paul ne fait pas cette hypothèse là. Il ne considère pas Jésus comme le continuateur de quelqu’un d’autre, mais comme un phénomène radicalement nouveau depuis la création du monde. La continuité entre Jean Jésus signifie qu’on est dans une christologie réduite, une lecture prophétique, messianique, sacerdotale. On n’est pas dans la christologie que développe Paul, qui va faire de Jésus quelque chose d’unique. C’est le deuxième problème que pose Jean, après celui d’accorder le pardon des péchés gratuitement dans un monde qui le fait payer très cher. Jean représente une gène pour l’essor d’un christianisme qui se dit né de Jésus exclusivement.

Aujourd’hui on a tendance à se poser la question de savoir si le fondateur du christianisme c’est Jésus ou Paul. Alors que dans l’explication donnée par C. Amphoux, Jésus est le continuateur de Jean, c’est à dire que le ministère de Jésus est complètement ancré dans le judaïsme de son temps. Contrairement à ce que dit Meier, qui considère que Jésus est un juif marginal, c’est-à-dire qu’il ne touche jamais au centre de la religion, il fait partie du centre des institutions .

27 – Pour Meier Jésus est un disciple de Jean. Deux preuves. Il prend ses premiers disciples parmi les disciples de Jean. Il les « débauche ». A-t-il continué lui-même à baptiser. Le problème posé par Meier est : « Quand est-ce que Jésus arrête de baptiser et a-t-il arrêté de baptiser ? » Quand va-t-il quitter Jean pour être Jésus ?

Justement l’évènement de la Pâque 29 signifie que Jésus n’a plus la stratégie de gagner le peuple avec une alliance avec les Pharisiens, mais une autre stratégie qui sera le chemin du martyr. A ce moment le baptême n’a plus de sens. Le baptême va être récupéré après la mort de Jésus et sa résurrection, par l’église qui en fait un rite d’entrée dans la communauté.
Jean en faisait un rite d’adhésion à son projet de réforme du sacerdoce et il n’y a pas de trace de baptême pratiqué par Jésus et par ses disciples entre l’épisode des épis froissés et la crucifixion. Autrefois ce changement pouvait se situer à la mort de Jean, mais c’est au moment de l’échec de l’alliance avec les Pharisiens.

Jésus n’a plus une direction politique. Il va jusqu’à un acte provocateur devant l’autorité, le chemin du martyr. L’autorité aura à se déterminer devant cette légitimité, reconnue par la foule comme telle, mais une partie seulement. On ne peut pas faire n’importe quoi avec les « masses populaires ». Sinon cela peut coûter plus cher que cela ne rapporte.

28 – Expérience au Mexique, au Chiapas, d’une cérémonie au cours de laquelle on priait Jean-Baptiste.

C’est probablement une rencontre entre un Dieu préchrétien, ethnique. Les Jésuites l’ont identifié à un personnage du nouveau testament. En Bretagne c’est ce qui s’est passé. Il y avait originellement des héros. Tous ces héros Celtes ont été canonisés. C’est ce que le protestantisme n’aime pas faire.

29 – Les péchés de Dieu, le Dieu vengeur ? L’homme n’a pas à se préoccuper de ce problème. Qu’il s’occupe des siens.

La prochaine fois on traitera de la période allant de la transfiguration à la passion. L’évènement important c’est la fête des tentes de l’an 29, fête des tentes chez Jean, transfiguration dans les Synoptiques, c’est le même évènement.


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