Notes de la Conférence du Docteur Philippe GABBAI 27/09/08

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Notes de conférences par E.Roux : Pour donner le coup d’envoi à la nouvelle saison des conférences, l’Association des Amis de la Garenne a reçu

le Docteur Philippe GABBAI, Neuropsychiatre et Directeur pendant plus de 30 ans de la Fondation John Bost, actuellement enseignant et conférencier.

Le thème de la soirée était : « Quand l’estime de soi défaille »
En introduction le Docteur GABBAI fait le constat que dans notre société occidentale où prônent la course à l’excellence et le consumérisme :

-    22 % des enfants sont en échec scolaire,
-    Nous avons un taux record de consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs,
-    Nous connaissons une recrudescence de la violence,etc…

Dans notre lancée, nous pourrons bientôt égaler les statistiques américaines où 20 % de la population est incarcérée…

Y a-t-il un dénominateur commun entre cette culture occidentale et les pathologies découlant de la défaillance de l’estime de soi ?

On peut le penser puisque ces « maladies » sont encore absentes dans certaines contrées africaines et musulmanes qui ne sont pas soumises aux pressions des sociétés occidentales.

Qu’est-ce qu’une estime de soi défaillante ?

En langage psy, on appelle ça une faille narcissique.

Comme le rappelle Freud, l’amour des autres passe en premier par l’amour de soi.

Pour construire un adulte ayant une bonne estime de soi, il faut construire l’enfant, avant ces trois ans, selon ces 4 critères indispensables :

-    la stabilité,
-    la sécurité,
-    la cohérence des désirs,
-    le respect.

Une fois adulte, le narcissisme peut être consolidé par :

-    le travail,
-    le salaire,
-    l’intégration à un groupe,
-    les valeurs familiales.

La faille narcissique vient du non-respect de l’un ou plusieurs de ces critères.

Elle peut donc venir de l’enfance,
Ou cela peut être une faille constitutive à la précarité ou autre.

La faille narcissique importante peut entraîner des pathologies anaclitiques.

Comment se traduisent les pathologies anaclitiques ?

-    par des difficultés relationnelles :
o    la personnalité anaclitique est peu dans le dialogue,
o    elle parle beaucoup pour capter l’attention (unilatéralement),
o    à une avidité permanente,
o    est intolérante jusqu’à l’agressivité

-    par des difficultés à accepter la solitude :
o    angoisse d’abandon

-    par une oscillation entre un « moi nul » et un « moi grandiose »

-    par un aspect puéril, enfantin, de l’immaturité,

-    par une inconstance dans l’attachement, l’intérêt, etc… pas de continuité dans les relations,

-    par le sabotage de l’activité professionnelle,

-    par le désir de possession d’objets très importants, brillants, au-dessus des moyens afin de combler le vide. Ce qui conduit fatalement à la délinquance.

-    Par une violence interne intense conduisant à la psychopathie

-    Elles sont souvent le résultat d’une carence de l’autorité paternelle.

Les « anaclitiques » souffrent d’un risque de dépression important dû à leur vide intérieur.
Beaucoup d’anaclitiques font des tentatives de suicide ou adoptent des conduites à risques pour combler leur vide intérieur soit par de l’adrénaline, soit par le bien-être passager procuré par les drogues.

On constate régulièrement :

- que les femmes ayant un profil anaclitique peuvent s’adonner à la prostitution ; « activité » qui regroupe les sentiments anaclitiques :
o    l’avidité (dans la recherche d’affection ou de sensation)
o    le moi nul (je suis nul, autant aller au bout de ma nullité en faisant une activité dégradante),
o    l’abandon
o    l’insactisfaction (peu d’anaclitiques ont une vie sexuelle satisfaisante),
o    l’autodestruction

-    les hommes avec ce même profil sombreront quant à eux dans la délinquance, la psychopathie.

. La parentalité des profils anaclitiques est vue comme une issue réparatrice. On projette ce que l’on aurait souhaité sur un futur bébé, mais on ne prépare pas sa venue. Malheureusement, le bébé n’est pas toujours un « objet » gratifiant et l’anaclitique rejette ce qui n’est pas gratifiant…. S’ils n’exercent pas de violences sur eux. Beaucoup d’enfants d’anaclitiques sont soit maltraités, soit abandonnés. Un coup aimés, un coup détestés, ils deviennent eux-mêmes des enfants anaclitiques si les parents ne sont pas aidés dans leur éducation.

. Les anaclitiques souffrent de problèmes cognitifs qui les conduisent à l’échec scolaire. L’anaclitique ne peut comprendre à quoi sert l’école. Ils souffrent d’un défaut d’enracinement historique (famille absente, ou éclatée).
Physiquement, il souffre de problèmes de sommeil, d’anorexie, de boulimie, d’automutilation (la multiplication des piercings ou des tatouages est une sorte d’automutilation).

. Les anaclitiques ont de grandes difficultés à faire le tri entre l’essentiel et le superflu (achat d’objets superflus – appareils de dernière technologie, super voitures - quand on n’a pas les moyens d’assurer sa subsistance).

Conclusion :

Après diverses questions du public, il ressort qu’il n’y a pas de remède à un profil anaclitique. Les professionnels de l’éducation (éducateurs, psy, etc…), proposent de présenter aux jeunes anaclitiques des aides ponctuelles et régulières, à prendre ou à laisser.

L’évitement de l’anaclitisme ne réside que dans la prévention.

Le Dr GABBAI regrette que la loi consistant à ficher les enfants à risque à compter de 3 ans n’ait pas été votée. Mal présentée selon lui.

Ce fichier aurait représenté un outil de prévention utile pour notre Société puisque l’aide aux familles aurait pu être parfaitement ciblée.

La faille narcissique révèle donc les failles de notre société occidentale ou les critères de construction de soi ancestraux sont balayés d’un revers de main au profit d’une société consumériste, égocentrique, instable et précaire.

Ainsi s’est achevée notre première conférence, suivie, comme de règle chez les gaulois, par un petit banquet !

Nous vous donnons rendez-vous dans la rutilante salle Leenhard, à la Garenne, le vendredi 24 octobre à 20h15, avec Françoise Picouleau, pour une conférence sur « la fragilité », l’un des cinq piliers que nous aborderons dans l’année pour baliser nos chemins.


Commentaires

  1. 1 Catherine Saint-Guily a dit:

    Bonjour, Docteur

    Merci pour votre exposé très clair…

    Il y a aussi des adultes qui, après avoir présenté des années, voire des dizaines d’années, des “profils anaclitiques,” à la faveur d’un deuil ou d’une perte d’emploi se déchaînent contre leur famille (ou leur conjoint et sa famille), à la fois dans un but de prédation du patrimoine et de destruction totale. Dans la brèche s’engouffrent des réseaux malhonnêtes contre lesquels la famille, peu aidée par les lois et encore moins par les gens de loi, doit lutter dans le même temps, tout en étant l’objet de médisances un peu partout et de manoeuvres visant à sa désunion qui peuvent très gravement affecter les personnes plus faibles que, normalement, elle protège.
    Ces situations, dont les gens qui les traversent parlent entre eux mais qui sont l’objet d’un silence officiel, sont aussi fréquentes que celles de souffrance au travail. Elles se prolongent souvent très longtemps car elles passent souvent par des procédures judiciaires qui maintiennent artificiellement des liens usés jusqu’à la corde et font office de prison invisible pour les membres de la famille qui voudraient se libérer de ces situations et passer à autre chose.
    C’est un mode d’autodestruction très coûteux pour la société. N’y a-t-il, là non plus, rien à faire ?

    Catherine Saint-Guily

    Citer | Publié 7 avril 2010, 9:40

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